Dans les Jardins de la Fontaine
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jeudi, 17 septembre 2009

Regardé par Willy

La disparition de Willy Ronis vient clore tout un chapitre de l'histoire de la photographie, chapitre consacré à sa dimension humaniste. En 2007, la Bibliothèque nationale de France avait consacré toute un exposition sur ce sujet et en propose encore en ligne une excellente documentation.

Midi-Libre, Libération pour ne citer que ces journaux ont déjà rendu un hommage très consensuel à Willy Ronis, France Culture lui a consacré une émission, les hebdomadaires de fin de semaine prendront sans doute le relai. C'est l'occasion, peut-être, de découvrir ou de redécouvrir l'artiste qui s'est en allé dans sa centième année.

Il était donc un des derniers représentants de cette tendance communément appelée "Photographie humaniste", mais j'imagine que cette "étiquette" devait lui sembler trop réductrice, trop étouffante. La liberté d'un véritable artiste s'accommode mal d'un classement définitif et nombreuses sont les images de Wily Ronis qui appartiennent à d'autres registres.

Cette photographie humaniste a trouvé ses limites, s'est peu à peu démodée, comme tous les courants qui, par définition, ne sont pas immuables. L'histoire de la photographie est ainsi jalonnée de tendances (en vrac et au hasard : pictorialisme, néo-pictorialisme, modernisme, post-modernisme, photographie conceptuelle, plasticienne, etc.) mais le propos n'est pas d'en faire ici l'analyse.

Ce qui caractérise les représentants de la photographie humaniste, (avec Ronis, citons par exemple Brassaï, Doisneau, Boubat, Izis, Cartier-Bresson, Sabine Weiss, Janine Niepce) c'est le regard qu'ils portent sur leurs semblables. Les gens photographiés, gens simples, enfants, ouvriers, concierges, policiers ou gendarmes, soldats, machinistes, mineurs, gens du cirque, amoureux, anonymes de toutes sortes sont les héros de leurs clichés. C'est vraiment l'impression que l'on a lorsqu'on feuillette leurs ouvrages ou qu'on visite une exposition qui leur est consacrée ; quelque chose passe entre le photographe et celui qui est regardé, lorsqu'il a conscience d'être photographié. De la sympathie, de l'empathie, de la connivence, le clic-clac est aussi un clin d'oeil.

Ce qui m'intéresse, ici, c'est l'évolution de ces regards croisés. Il me semble que si la photographie humaniste telle que la pratiquaient des artistes comme Willy Ronis est définitivement morte avec eux, c'est aussi parce que les rapports entre "regardeurs" et "regardés" ont changé de nature.

Ce que voulaient montrer ces artistes, c'était l'Autre, dans son cadre, dans sa vie quotidienne et témoigner de son existence, de ses joies ou de sa souffrance. Montrer l'autre, simplement. Et je suppose que celui qui était regardé devait sentir cette empathie, comprendre qu'on n'allait pas détourner son image et lui faire dire autre chose que ce pour quoi elle avait été prise, comprendre que le photographe était là pour "traduire" et non pas pour "trahir".

L'évolution des médias, la fin des idéologies, le désenchantement du monde ont bien évidemment changé entre autres la nature des regards des uns et des autres.

Le photographe-reporter dérange tout le monde, pouvoirs, contre-pouvoirs, marginaux, communautés diverses (voir l'assassinat récent de Christian Poveda, au Salvador). Des quartiers, même en France lui sont désormais interdits et de surcroît ses images "sociétales" n'intéressent plus grand monde, puisqu'en dehors des "pipoles" de toutes sortes ou des "nouvelles stars" nycthémères il n'y a point de salut pour le photojournalisme.

L'artiste photographe, quant à lui, semble ne regarder que lui-même à travers ce qu'il nous donne à voir. L'image est devenue "autoréférentielle", elle s'est déconstruite, appauvrie, minimalisée, "artistisée", etc., elle n'a plus l'illusion de vouloir changer le monde, elle se pose a priori comme oeuvre d'art, et celui qui est regardé, lorsqu'il est regardé, n'est plus que "l'objet" d'un regard, celui de l'artiste.

Ajoutez à cela la judiciarisation de nos sociétés, le "politiquement correct", l'appât du gain qui font qu'on ne regarde plus le photographe comme jadis on le faisait et qu'à son tour le photographe s'autocensure par crainte des procès. Le monde est non pas devenu fou, il est devenu flouté. Photographier des enfants dans les rues ou à l'école comme le faisaient si bien Ronis ou Doisneau, par exemple, faire des images dans le métro, dans une gare, un lieu public, tout cela est désormais impossible. Pour son célèbre Baiser de l'Hôtel de ville, datant de 1950, Doisneau a été traîné devant les tribunaux à plus de 80 ans par un couple prétendant ête celui de la photographie et qui lui réclamait des dommages et intérêts !

En fin de compte, si la photographie humaniste n'est plus, à tout le moins n'est plus qu'un souvenir, peuplé d'images pittoresques, familières et datées, c'est bien sûr parce qu'on ne se regarde plus qu'en "biais", en "chiens de faïence" si tant est qu'on prenne encore le temps de se regarder, mais c'est aussi tout simplement parce que l'humanisme a cessé d'être en soi une valeur dans un monde de compétition, de concurrence effrénée, d'individualisme et de dérision généralisée.

Adieu donc, Willy Ronis, et avec toi tous les tiens, et j'aurai dans ma tête à jamais le regard qu'un instant tu as posé sur moi.

21:50 Écrit par Phil | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : willy ronis, photographie humaniste | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 12 septembre 2009

Adieu Willy

Willy Ronis Arles.jpg
Adieu, Willy Ronis

Tu avais déjà rangé ton appareil photo, depuis quelques années, clic-clac merci Ronis, tu vas rejoindre Boubat, Doisneau, Cartier-Bresson, ces monuments français d'une certaine photographie humaniste, cette photographie qui aime les gens, tout simplement.
Tu as accroché à tout jamais tes clichés magnifiques dans notre musée imaginaire et c'est pour cela que tu es, comme Boubat, comme Doisneau, Comme Cartier-Bresson, simplement immortel.
J'ai pu de toi faire cette image il y a deux mois et je savais qu'en la faisant, elle serait la dernière.
Adieu, merci.

18:50 Écrit par Phil dans Photos/Dessins | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : willy ronis | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |