Dans les Jardins de la Fontaine
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dimanche, 26 juin 2011

De belles plumes...

poules, coqs, volaille, basse-cour, volatiles

De bon matin dans le Jardin des Plantes de Toulouse, lumière très crue, personne encore à part quelques quadra-quinqua et plus courant dans les allées pour s’occuper de leur forme, et même de leurs formes.

Là je rencontre des poules, oui, des poules et des coqs qui encore engourdis ont bien voulu poser pour moi. Je ne suis pas un photographe animalier mais l’occasion est trop belle, en pleine ville, une basse-cour qui me fait basculer loin dans mes souvenirs, du temps de « pépé-poule » que dans ce blog j’ai raconté.

Que dire de ces volatiles qui ont depuis longtemps oublié de voler et qui nous rendent tant de services comestibles ?

Une idée me vient : c’est par pur jeu de mot que le symbole (non officiel) de la France est un coq : gallus / coq et gallus / gaulois. Alors, jouons avec les mots, ou plutôt, faisons un inventaire non exhaustif des expressions ou des termes issus de nos gallinacés… en forme de texte loufoque...

     Au village, on appelait Polo Polichinelle à cause d’un secret mal gardé sur sa naissance, mais comme pour l’histoire de la poule et de l’œuf, on ne saurait plus dire exactement de quoi il retournait.

Polo était fier comme un pouil, avec sa bouche en cul de poule, coquet bien que poltron, un peu pusillanime, et qui avait la chair de poule dès que la moindre pucelle l’abordait. D’aucuns disaient de lui qu'il était une vraie poule mouillée, et qu’il n’aimait rien tant que son lit, son polochon et se coucher avec les poules.

Il aimait boire du lait de poule, avec un peu de chocolat Poulain. Sa chambre était toujours sens dessus dessous, les jouets pullulaient : un poney en bois peint, une pouliche en peluche, et tant d’autres objets : une poule n’y eût point retrouvé ses poussins. Puérile, il disait qu’il rangerait et passerait le plumeau lorsque les poules auraient des dents.

Il aimait jouer au pool dans le café du village, c’était d’ailleurs un vrai champion et là, dans la salle des billards, sous les poutres apparentes et les néons, face aux murs où trônait un grand poster du Champ de coquelicots de Monet, il était comme un coq en pâte, tout le monde pariait sur lui — et gagnait — et pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or on lui passait tous ses caprices, les coquettes l’appelaient « mon poulet » jouaient la surprise lorsqu’il marquait un point, comme des poules qui auraient trouvé un couteau. Tous ceux qui l’affrontaient se faisaient vite plumer, est c’est ainsi que Polo-Polichinelle est devenu le vrai coq du village !

Et sans vouloir sauter du coq à l’âne, comptez les mots qui ont pour origine poule ou coq, ou qui figurent dans des expressions familières, il y en a une belle couvée…

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Réponse au "jeu" bientôt...

19:39 Écrit par Phil dans Images, Loisirs/Culture, Nature/Environnement, Photos/Dessins, Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : poules, coq, toulouse, jardin botanique | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 30 mai 2008

Pépé-Poule

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Pépé a dit que j’étais pas chiche d’y aller, que lui, à mon âge, c’est entre les grosses pattes d’un bœuf pas commode qu’il était allé récupérer le briquet d’amadou de son père ou son paquet de tabac, il ne savait plus bien, enfin, il y était allé, lui...

« Fais attention, les poules, avec leurs dents, elles te mordent au sang si elles t’attrapent…
— Hé ! pépé, les poules, ça a pas de dents, alors, tu vois, hein ! »

Tu vois, tu vois, c’est vite dit… c’est qu’elles sont nombreuses, ces poules, il y en a bien cinquante dans cette basse-cour, ou même mille, dix mille, tiens ! à piailler, à caqueter, à voleter, à glousser, à me lancer de terribles œillades…
Mais tant pis, je suis décidé, je respire un bon coup, là, et voilà, j’ouvre la porte grinçante de la basse-cour. C’est un enclos totalement couvert d’un grillage à petites mailles pour éviter les intrusions d’hôtes indésirables, à deux ou quatre pattes, avec une petite mare en son milieu, quelques perchoirs, une mangeoire et dans le fond le poulailler, véritable maisonnette au toit couvert de vieilles tuiles rouges et grises, à la porte de planches brutes grossièrement assemblées, qu’une puissante barre de fer maintient fermée. Pour que les poules puissent entrer et sortir à leur guise dans la journée, pépé a pratiqué une petite ouverture surélevée avec une planche d’accès comme le pont levis du château féodal de mon livre de lecture. Je jette une poignée de blé loin de moi — j’avais prévu le coup, quand même — et les Gasconnes, les Landaises, les Gâtinaises arrêtent aussitôt de becqueter mes semelles. Des plumes volent et dans un roulement de grêlons les becs se plantent mécaniquement sur le sol jonché de grains… on dirait aussi la machine à coudre de mémé qui picore les vieux pantalons de travail de pépé !
Pendant la diversion, j’ouvre le poulailler. Noir complet. Mon cœur bat très fort. J’attends que mes yeux s’accoutument. Je devine enfin, rangées sur trois niveaux, comme sur des châlits de bois, les caisses pleines de paille et de copeaux. Deux ou trois locataires caquètent, inquiètes, pour m’intimider. Une Gasconne, très énervée, rouspète bruyamment, finit par quitter sa litière dans un grand tohu-bohu de plumes, de poussière, de paille, de sciure et s’en va rejoindre au dehors la volaille à sa picorée. Même pas peur…
Dans la pénombre je tâte les pondoirs, l’odeur est entêtante. Je caresse délicatement le galbe tiède d’un œuf laissé parmi d’autres sans doute à regret par la harpie Gasconne, je l’emporte comme un voleur. Qui vole un œuf… c’était peut-être ça qu’il avait voulu me dire, pépé, avec son histoire de bœuf, tout à l’heure… Je traverse en courant la basse-cour, les poules me voient et comprennent... je suis mal, elles me poursuivent… enfin, je crois… elles veulent m’attaquer… mais je suis vif comme Blek le Roc et je parviens à sortir, mon trophée à la main. Je plante mes yeux dans les yeux de pépé, j’ai vaincu la gorgone. Au moins.

Avec le poinçon de son Laguiole tant et tant aiguisé que sa lame d’acier a perdu plus de la moitié de sa largeur, pépé troue délicatement les deux hémisphères de mon bel œuf.

« Allez, comme je t’ai expliqué… »
Je ne sais pas si je vais aimer. Je me force. Je colle mes lèvres autour du plus grand des deux trous, j’aspire. Rien ne vient.
« Vas-y franchement, macarel, c’est pas du pchite orange avec une paille, ce que tu bois ! »
Je ne veux pas le décevoir. Je ferme les yeux, tous mes muscles sont tendus pour livrer ce combat. J’aspire plus fort, comme il a dit, pépé. Un liquide tiède, un peu fade et gluant inonde ma bouche. Je gobe. Est-ce bon ? Je ne sais pas. Mais je sais que j’y arrive. Je gobe tout mon œuf jusqu’à ce que l’air s’engouffre en sifflant par l’autre trou, à l’opposé. Je sais que j’ai fini. Je sais que j’ai réussi !
Je jette la coquille à mes pieds et je l’écrase comme un cafard. Voilà. J'ai pénétré dans la cage aux fauves, j’ai arraché son trésor à la méchante Gasconne, j’ai réussi à m’échapper de la basse-cour et j’ai gobé mon œuf d’un coup, devant pépé. Hercule, Prométhée, Lancelot, Ivanhoé, Tarzan, Akim, Battler Britton, je suis tout ça maintenant, plus Blek le Roc que j’ai piqué à mon cousin pour le lire en cachette.

Je lève la tête et je regarde encore pépé, avec le souffle coupé du héros harassé qui revient victorieux de sa quête. Je ne suis plus un enfant ! Il part d’un grand rire qui lui fait perdre son mégot. Il me donne un petit coup sec sur le crâne, comme on frappe à la porte, c’est sa manière à lui de nous aimer, mais punaise, ça fait mal, quand même…
« Macarel de macarel ! à moi, tu me feras jamais manger un œuf cru ! Jamais !... Allez, viens, avec tout ça il est midi passé, mémé nous attend, elle a fait une omelette…
— Avec des patates et des oignons ?
— Hé oui, pardi, une tortilla.
— Mémé, c’est la reine de la tortilla ! »

12:30 Écrit par Phil dans Famille | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : souvenirs d'enfance, poules, poulailler, enfance | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |