Dans les Jardins de la Fontaine
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lundi, 14 décembre 2009

Emprunte ou empreinte ?

 

Philippe Ibars Graphs 112.jpg

Point d'images, en fait, pour cette note, mais un son, ou deux, plus exactement.

Combien de fois ai-je entendu, aujourd'hui notamment, parler d'emprunt ! Le grand emprunt par-ci, les milliards qu'on emprunte par-là, l'emprunt de la relance, etc.

Le problème, c'est que pour un locuteur du Sud, il est étrange de ne pas entendre « emprunt » ou « emprunte » mais « empreint » ou « empreinte » à longueur de journée.

Me revient en mémoire une anecdote liée à ma vie estudiantine. Un des miens professeurs de littérature à l'accent très pointu m'a un jour, en plein cours, interrompu parce que je prononçais le mot « côte » comme on le fait ici, en ouvrant « naturellement » le « o », comme lorsqu'on dit « botte ». J'entends encore sa remarque cinglante : « vous ne faites donc pas la différence entre la Côte Vermeille et la cotte de mailles ! » Vexé, j'ai répliqué aussi sec, avec un air de défi : « Et vous, faites-vous la différence entre « empreinte » et « emprunte » ? Moi je la fais... »

Il a repris ces mots à voix haute et admis publiquement que sa remarque avait de quoi vexer. Plus tard, j'ai développé - lorsqu'on s'est devant moi moqué de l'accent du Midi - le concept de minorité « audible », à l'instar de celui des minorités « visibles »...

Mais mon professeur, quand j'y pense, aurait pu me vexer davantage et me faire remarquer que notre manière de prononcer « emprunt » était périmée en français puisque le son « un » qui nous permet de distinguer « brin » de « brun », « Agen » de « à jeun », « l'Ain » de « l'un » par exemple, ce son « un » n'existe même plus dans certains manuels de prononciation du français standard.

Pourquoi ?

Parce que la grande loi qui régit une langue est celle du moindre effort. Trop peu de mots se distinguent grâce à la paire « un »/« in ». Comme c'est le son « in » qui est le plus articulé, le plus répandu, c'est donc le « un » qui disparaît. C'est cela, l'évolution phonétique, cette évolution qui creuse un fossé de plus en plus large entre notre français parlé et notre français écrit. Songeons par exemple que notre joli mot « oiseau » comporte toutes les voyelles du latin, a/e/i/o/u. Pourtant, c'est là où nous prononçons « a » (en début de mot) que nous écrivons « o » et là où nous prononçons « o » que nous écrivons « a » ! L'oiseau occitan « aucèl » (prononcé « aoucel ») nous donne une assez bonne idée de la manière dont on pouvait prononcer le mot « oiseau », lorsqu'on parlait encore le français comme on l'écrivait.

Tiens, cet emprunt à l'occitan est, ce me semble, tout empreint d'une certaine nostalgie ! Tout cela dit, bien évidemment, en s'appliquant à distinguer « emprunt » d' « empreint » ...


 

19:21 Écrit par Phil dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : empreinte emprunte, langue, orthographe, prononciation | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |