mercredi, 14 mai 2008
ZIM BOUM BOUM

Fanfares, orphéons, harmonies, bandas, cliques, peñas… La visite de la fanfare (clin d’œil au dernier film d’Eran Kolirin) est un moment incontournable dans toute fête populaire.
Si certaines formations constituées de musiciens très amateurs et très approximatifs exécutent—au sens létal du terme—les œuvres qu’elles proposent à nos tympans martyrisés, d’autres, elles sont de plus en plus nombreuses, font évoluer le genre, surprennent par des orchestrations très originales de succès populaires anciens ou récents, étonnent par des tenues farfelues très éloignées du style paramilitaire convenu, ravissent par une mise en scène et en espace qui fait d’un banal défilé martial un véritable spectacle de rue.
La fanfare a une place à part dans notre mythologie musicale populaire. L’orchestre du bal musette ou de variété anime encore certaines fêtes votives de la région, insensibles aux machines à décibels automatiques que sont les modernes mobiles « sound systems » qu’un seul D.J manipule. Le concert du groupe local, qu’il soit rock ou post-rock ou rock alternatif ou pop ou pop-rock ou tout ce que vous voulez et qui vous gratifie de ses «compos» géniales ou de quelques reprises mémorables tient la corde chez les adolescents ou post-adolescents… Les hurlantes sonos dont les musiques latino-disco-house se télescopent d’un bar à l’autre sur les boulevards de la feria sont très tendance…
Les fanfares, c’est autre chose. « La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique » ironisait Georges Clemenceau. Pour humblement le parodier, ont pourrait avancer que les fanfares, aujourd’hui, sont au concert ou au récital ce que l’apéritif pastis-cacahuètes est au repas gastronomique. Elles mettent en appétit de musique, littéralement. Elles sillonnent joyeusement les rues —avec parfois halte rituelle à chaque bar le temps d’une aubade ou d’une sérénade suivie d’un verre de l’amitié—pour simplement dire au citoyen qu’il est temps de mettre son baromètre mental au beau fixe et de se préparer aux agapes, à la fiesta, à la feria, la nouba, la bringue, la teuf ou mégateuf à volonté. Les fanfares sont les vrais avertisseurs sonores, les sirènes hurlantes annonciatrices de la fête qui met la ville ou le village sens dessus dessous. La grosse caisse, les cymbales, les cuivres fracassants, le spectaculaire soubassophone avec son pavillon hyperbolique que les enfants suivent comme suivent les rats le joueur de flûte de Hamelin, tous ces instruments sonorifères martèlent à l’envi l’édit de réjouissance municipal avec deux ou trois airs fanfarisés que tout le monde reconnaît et reprend en bougeant plus ou moins gauchement.
Les fanfares, enfin, c’est toujours un groupe étrange, une tribu particulière qui donne de son temps pour donner autour d’elle un peu de plaisir simple. Du lien social à l’état pur. D’où viennent ces musiciens jeunes, moins jeunes ou même patriarches de la clé d’ut qui paradent en cadence dans nos rues, les yeux suivant péniblement les quelques notes griffonnées sur de petites partitions, s’épongeant furtivement le front dès que possible, riant sous cape, entre eux, quand un canard s’échappe du tuba, du piston à coulisse —surtout—ou de la clarinette ?
Ils viennent de l’univers de la guerre le plus souvent, de la chasse aussi. Au son des cuivres et du tambour leurs ancêtres entraînaient au combat les guerriers, les galvanisaient, impressionnaient en le tympanisant l’ennemi comme on démoralise le type d’en face en jouant des biceps... leurs ancêtres ont semé leur musique de marche aux quatre coins des colonies, ont traversé l’atlantique et les esclaves noirs, fascinés par ces françaises fanfares en ont vite adopté les instruments puis, leur génie du tempo et leur douleur immense aidant, ont combiné rythmes européens et rythmes africains et ont donné naissance au blues, au spiritual, au jazz, à toute cette musique… que nos fanfares « démilitarisées » d’aujourd’hui reprennent pour notre plus grand plaisir. Histoire de boomerang… retour à l’envoyeur avec immense plus-value !














Peña Chicuelo II aux arènes de Nîmes
Cette note est dédiée au grand-père de mon épouse, René Vedel, chef d’orchestre à l’Opéra de Nîmes et de Montpellier dans les années cinquante et qui, par passion, dirigea jusqu’en 1972 la Peña Chicuelo II, premier orchestre officiel des arènes de Nîmes. Il est le troisième à gauche, assis au deuxième rang en partant du bas, après sa maladie qui lui fit alors lâcher la baguette mais pas ses amitiés.
16:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fanfare, orphéon, clique, harmonie, bandas, penas


