lundi, 16 novembre 2009
Le sacrifice dans la chapelle, suite

Mystérieusement, les photos que j'avais cru publier pour ma note précédente sur le thème de la chapelle du Château de Saint-Privat n'apparaissent pas sur tous les ordinateurs. Je ne m'en étais pas rendu compte. Qui pourra m'expliquer ?
Alors je les publie à nouveau en espérant qu'elles apparaîtront pour tous.
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mercredi, 11 novembre 2009
Le sacrifice dans la chapelle

Il y a dans ce domaine une chapelle du XVIIIe siècle dont l'intérieur, restauré dans les années vingt vaut à lui seul le détour et en montrer quelques images s'impose, en ce jour de commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918 et de "réconciliation franco-allemande".
Depuis 1916 le château et les terres de Saint-Privat appartenaient à Jacques Rouché, riche mécène qui avait fait fortune dans les parfums synthétiques et qui dirigera jusqu'après la seconde guerre mondiale l'Opéra de Paris puis la Réunion des Musées Nationaux. Cet homme, le grand-père de l'actuelle propriétaire, a découvert, côtoyé, soutenu, subventionné les plus grands artistes de toutes les disciplines de son époque. C'est au peintre Georges Desvallières, ami de Gustave Moreau, fondateur des Ateliers d'Art Sacré qu'il a demandé en 1922 de redécorer l'intérieur de la chapelle.
C'est cela qu'il faut voir. Georges Desvallières avait perdu deux fils pendant la grande guerre, était allé lui-même sur les champs de batailles et c'est le thème du "sacrifice" qu'il a choisi pour décorer la chapelle. Alors, sur les murs couverts d'immenses toiles marouflées, scènes bibliques et scènes de la guerre des tranchées se conjuguent pour donner de la religion une image forte, brutale, violente. Le dieu qui nous regarde dès l'entrant ferme un de ses poings dans un paysage tourmenté. Est-ce le dieu jaloux et coléreux qui se manifeste parfois dans l'Ancien Testament ?
Ces murs montrent la souffrance, celle du Christ mais aussi celle des hommes, des combattants casqués, de bleu vêtus, mourant dans la boue, les flammes, les barbelés, dans un décor hostile et inquiétant où les cocardes tricolores des crois de bois plantées à la va-vite évoquent des cibles bien faciles...
Le portillon de fer forgé qui ouvre sur l'autel est lui-même orné de deux obus stylisés qui se font face comme des serre-livres... terribles...
Quel message Georges Desvallières veut-il nous délivrer derrière ces métaphysiques allégories ?
À vous d'apprécier...
Celui que personnellement j'ai saisi n'est ni à la gloire de l'homme ni à la gloire du dieu des chrétiens. La mort, lorsqu'elle touche aveuglément, injustement, prématurément ceux qui pourtant ont la vie devant eux est un scandale révoltant dont on ne peut vraiment se consoler, même armé d'une foi aussi blindée que la robe d'un char d'assaut Mignot de 1914.
Alors Desvallières, peintre néanmoins très croyant a des comptes à régler, c'est sûr, avec le « tout-puissant ».
Alors, de cette petite chapelle oubliée loin des sentiers des pèlerins, loin des sages églises villageoises enrubannées de circulades pittoresques, il a fait un immense gueuloir polychrome. Curieusement, cette chapelle n'a pas été consacrée. Allez savoir pourquoi...














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vendredi, 29 mai 2009
Les bras en croix

Dans la voiture qui nous conduisait un peu au hasard des petites routes aveyronnaises, mon ami Bernard me faisait remarquer les nombreuses croix qui marquaient ici ou là les chemins, les entrées ou les places des villages, surmontant parfois même un monument aux morts — malgré notre laïque loi de 1905.
— Tu devrais faire un truc sur ces croix, dans ton blog… les croix templières, surtout…
Il eût fallu, pour mener à bien ce projet, prolonger les visites, faire des recherches plus systématiques, approfondir le sujet. Nous retournerons donc en Aveyron…
Le hasard de la projection d’une vidéo d’Oliver Pietsch, Morgenstern, qui est une « compilation » brute et brutale de scènes de crucifixions au cinéma, m’a ramené sur mon chemin des croix… curieux chemin aussi, pour l’esprit vagabond…
Revenons-donc en Aveyron... Il y avait trois sortes de croix : des croix templières, des croix nues et des croix portant le Christ.
Les croix templières sont nues mais différent des croix chrétiennes classiques en ce sens qu’elles ne sont pas dissymétriques, avec quatre branches égales, parfois pattées, parfois cerclées. Elles sont étranges pour un profane, elles racontent une histoire beaucoup plus symbolique, mystérieuse, plus hermétique que la simple histoire de la souffrance d’un homme-dieu cloué sur un morceau de bois. Je me promets d’étudier ces croix avec l’ami Bernard qui ma alerté sur leur présence dans ces lieux traversés par la Via Podiensis.
Les autres croix, nues ou portant le Christ sont plus nombreuses. Que disent-elles ?
Celles qui sont « vides » s’adressent semble-t-il à l’intelligence du Chrétien. À lui d’aller derrière le signe (le logo dirait-on aujourd’hui) pour comprendre le message. À lui d’imaginer, au sens propre du terme.
La croix a été un symbole puissant bien avant le christianisme qui en a fait son emblème assez tard dans son histoire, pour diverses raisons comme la peur des persécutions, au début, puis le refus de montrer un dieu par trop humain, châtié et fragile. Plus tard encore, protestants et catholiques marqueront avec la croix leur différente conception du christianisme. Croix dépouillées pour les Huguenots, avec le Christ, souvent, pour les « Papistes ».
La croix portant le Christ ne s’adresse pas à l’intelligence du fidèle sinon à ses affects. Elle est réaliste comme les autres sont abstraites, analogique comme les autres sont métonymiques, métaphoriques. Elle donne à voir le dieu incarné, l’homme déchu, moqué, souffrant, humilié, cloué, transpercé, torturé et mis à mort comme un simple larron. Elles convoquent l’émotion, les larmes, la pitié, la compassion. Mettons-nous à la place du fidèle qui n’avait guère l’occasion de lire si tant est qu’il savait lire ou qu’on lui permettait de savoir lire, qui voyait peu d’images — parfois à peine la sienne dans de mauvais miroirs—, peu de représentations, peu de signes hors l’iconographie religieuse. Comment douter, comment réfléchir, comment prendre du recul et chercher la lumière sous l’ombre envahissante de cet homme cloué ?
Catharsis ? Édification ? Pression psychologique… manipulation ?
Problème : comment, pour le fidèle bouleversé par la contemplation de cette souffrance, ne pas entrer en sympathie — étymologiquement parlant — avec l’homme-dieu humilié sous ses yeux ? Et lorsque ses yeux aveuglés ne voient pas que dans les yeux du Christ parfois tournés vers le ciel se devine déjà sa future résurrection, comment ne pas maudire le bourreau ? Exhiber ainsi le spectacle d’un supplicié agonisant n’est-ce pas le meilleur moyen pour entretenir ce sentiment de haine ?
Problème : lorsque les Romains, descendants des bourreaux, se christianiseront à leur tour, c’est sur un peuple entier, les Juifs, qu’ils détourneront cette haine et feront de ce peuple le « peuple déicide »…
Problème…


















10:35 Publié dans Histoire, Traditions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : croix, crucifixion, crucifix, christ, templiers, christianisme
lundi, 25 mai 2009
Ameur, quand tu nous tiens !
Les commentaires et les mails reçus à propos de "l'escolo" de Cantobre (cf. la note précédente) me ravissent.
La belle langue d'Oc est encore vivace dans les esprits même si elle n'est plus beaucoup parlée désormais.
Notre accent du Midi transporte encore ses volutes phonétiques. Pour combien de temps ?
Mais il nous reste l'amour ! L'amour courtois, demandez-vous ?
La culture occitane n'avait pas de courtois que l'amour !
Non, il reste l'amour, le mot lui-même. Amour, n'est-ce pas le plus beau mot de la langue française ?
Oui !
Eh bien, il est d'oc, amour, et pas d'oïl ! Amor latin aurait dû en français donner ameur, comme fleur, labeur, etc. Pas amour qui a bien notre accent ! Ameur ! Imaginez un peu ! Avec quoi faire rimer ameur ? Avec "tu meurs" ? Avec "Rameur" ? Avec "t'as l'heure"... Bon, n'en jetons plus... Vive l'Amour des troubadours qui a su résister au rouleau compresseur du français et lui donner à tout jamais cette touche élégante, suave et langoureuse. Ameur ! Non, mais !

23:22 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : occitanie, occitan, langue d'oc
samedi, 23 mai 2009
L'Escolo de la Republica

Dans sa dernière livraison, Ulysse nous conte comme il sait si bien le faire sa dernière escapade « En suivant le cours de la Dourbie ». Il montre notamment une photo d’une école, d’une « Escolo » prise à « Cantobre, nid d'aigle perché à 100m au dessus du confluent de la Dourbie et du Trévezel »…
Curieusement, je suis allé aussi visiter ce village et j’ai fait à peu près la même photo de cette « Escolo » reconvertie en maison secondaire. Alors, nos deux clichés se joignent pour la perpétuer, cette « Escolo » dont les murs emprisonnent à jamais les cris et les rires des enfants.
Ce qui m’intrigue, avec cette « Escolo », c’est simplement ce nom gravé au-dessus de la porte : «L'escolo ».
Quelque chose ne cadre pas avec ce lieu, quelque chose me dit que l’inscription « Escolo » ne peut pas être d’origine.
Pourquoi ?
Me reviennent alors ces paroles du chanteur occitan Claude Marti, portées par un air durablement gravé dans mes oreilles :
Mas perqué, perqué
M'an pas dit à l'escòla
Lo nom de mon país ?
(Mais pourquoi, pourquoi/ Ne m’a-t-on pas dit à l’école/Le nom de mon pays)
Voilà ce qui « cloche » avec cette « Escolo », c’est ce nom même, dans une langue honnie de la République, langue à tel point méprisée qu’on lui refusa ce statut de langue pour en faire un « patois » archaïque !
Souvenons-nous : la chasse aux « patois » commence à partir de la Révolution Française. La langue est un facteur d’unité nationale et la peur des soulèvements, de la réaction, des conservatismes, de l’ancien régime en un mot pousse les législateurs d’alors à prendre des mesures visant à combattre et éradiquer les patois. Quelle meilleure arme alors que l’École de la République ?
En quelques générations, ce sera fait. Chassés d’abord de la classe au moyen de punitions (le fameux « signal », les corvées, le pain sec, etc.), puis de la cour de récréation par les enfants entre eux, les « patois » quitteront enfin le foyer pour n’y plus revenir.
Alors, qu’une école porte sur son fronton cette inscription « Escolo » me rend plus que perplexe mais me ravit. Clin d’œil, peut-être, d’un ancien propriétaire qui en a hérité et qui a voulu se « venger » des punitions subies pour avoir lâché un juron, une exclamation, une simple remarque dans la langue du père ? J’aime le croire…
Peut-être qu’un jour futur un photographe saisira sur un fronton d’école dans un village abandonné une inscription étrange : un « School » barré et remplacé par un tag rageur : « École » …
Si l’on accepte l’idée que dans un territoire une langue puisse écraser les autres, on doit alors accepter de voir un jour cette même langue dépérir sous les assauts d’une langue encore plus conquérante…

17:25 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : escolo, patois, occitan, révolution française
mardi, 11 novembre 2008
Le cahier d'Eugénie, post-scriptum

Il y a un an, du 6 au 11 novembre 2007, j'ai publié le Cahier d'Eugénie, cahier d'une écolière trouvé dans un grenier et qui porte sur sa couverture la mention : Guerre 1914-19..
Ces notes sont souvent consultées et j'ai retrouvé mon "cahier" dans d'autres blogs, ce qui me ravit car, comme le disait Edouard Herriot, " Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants " et Eugénie (que je n'ai pas connue) revit un peu ainsi, par la magie d'Internet.
Je laisse donc ce lien vers la note de l'annnée dernière, pour ceux qui, en ces temps de commémoration, voudraient y accéder facilement.
http://fontdenimes.midiblogs.com/archive/2007/11/index.html
22:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poilus, poèmes de guerre, 14-18
lundi, 10 novembre 2008
Terre d'accueil

Mon grand-père paternel était un homme de la terre, régisseur d’un domaine viticole plus précisément. J’ai écrit « homme de la terre » plutôt que paysan car c’est la terre, la terre de France qu’il est venu creuser, fouiller, retourner, à l'âge de quatorze ans. Comme déterreur des morts de la grande guerre. C’est ainsi qu’il est devenu Français. Le droit du sol... ou du sous-sol, en quelque sorte.
Il venait d’un village très pauvre, près de Valencia, où il promenait une chèvre dont il vendait le lait aux passants. Son père était parti aux Amériques tenter sa chance. Il en est revenu au bout de trois années, plus pauvre qu’à son départ car les doryphores avaient eu raison des immenses champs de patates qu’il avait eu l’idée de planter pour faire en peu de temps fortune. Le jour de son arrivée tout le village prévenu était là, hommes, femmes, enfants, certains compatissants, d’autres moquant sa folle et vaine expédition. Il portait un grand sac dont la courroie a lâché au beau milieu de la place. Le pharmacien du village a repéré parmi le linge épars un colt dont il s’est saisi pour s’amuser. Il a appuyé sur la détente et un coup est parti qui a troué le genou de mon aïeul. Voilà comment s’est déroulé son pitoyable retour !
Estropié, il n’a pu subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Une bouche de plus à nourrir et rien à faire dans ce pauvre village. Un jour le curé lui a montré un article du journal local où il était écrit qu’on cherchait de la main d’œuvre en France, dans la région de Reims. C’était bien payé, c’était urgent aussi. Il est parti alors avec Joseph, l'aîné de ses fils — mon grand-père — qu’il a vieilli de deux ans pour les formalités. Et voilà, après un long voyage en train, mon pépé promu bien malgré lui exhumateur de poilus alors qu’il pensait travailler la terre, certes, mais pas de cette manière…
Il s’agissait alors, à la demande de la Commission nationale des sépultures militaires, d’exhumer les cadavres, les restes des pauvres soldats pour les rassembler et les enterrer dans des cimetières militaires. Il faut dire qu’il y avait alors une très grande pagaille d’après-guerre car des familles exigeaient le retour des dépouilles de leurs proches, d’autres souhaitaient qu’ils demeurassent avec leurs frères d’armes morts comme eux pour la patrie ; rien n’était organisé, des cadavres erraient nuitamment, transportés clandestinement par des « passeurs » de morts qui s’engraissaient au passage… Il fallut légiférer dans l’urgence et c’est ainsi, qu’à l’instar des Américains et de leurs cimetières militaires il fut décidé de procéder à l’exhumation des cadavres, à leur identification et à leur enterrement dans des conditions plus dignes de leur sacrifice.
Dans les premières images de La vie et rien d'autre, de Bertrand Tavernier, sorti en 1989, on voit une scène dans laquelle des soldats déterrent les dépouilles de leurs frères tués au combat et enfouis à la hâte dans la fureur sauvage des vaines et innombrables offensives et contre-offensives.
Cette scène m’a ému car j’ai bien évidemment imaginé mon pépé-Joseph à quatorze ans, picaresque Antigone qui malgré l’horreur de la situation ne perdait pas une occasion de s’amuser, avec d’autres gamins chargés de ravitailler en eau potable les rescapés de la coloniale, les espagnols et même des chinois, tous affectés à ces tâches macabres.
À quoi jouaient-ils, ces gamins, parmi les squelettes en désordre, les puzzles de corps détruits, anéantis, démembrés, déshumanisés ?
« On tirait sur des boîtes avec des fusils chargés qu’on récupérait dans la terre, certains cadavres avaient encore tout leur barda... on regardait en douce les jolies veuves qui se recueillaient devant les croix blanches fraîchement alignées. C’est horrible mais on riait parfois entre nous car on savait que les corps, en dessous, n’étaient pas forcément ceux des leurs, tant les identifications étaient difficiles, parfois impossibles… »
Comment t’en vouloir, pépé, de ces rires profanes ? c’est le rire qui sauve de tout en toute circonstance. Ton innocence était un pied de nez à la tragique folie de tes aînés. Tu n’avais pas conscience que les pauvres pioupious désintégrés tout autour étaient souvent à peine plus âgés que toi, et qu’eux aussi, embourbés dans leurs tranchées, luttant contre la faim, le froid, la vermine, les poux, les puces, les rats et enfin l’ennemi avaient essayé de rire quand l’occasion le permettait, de rire pour survivre dans cette obscène boucherie.





18:41 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : grande guerre, poilus, cimetières
dimanche, 11 novembre 2007
Le cahier d'Eugénie, fin...

La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. Paul Valéry
Quatre-vingts ans sont passés depuis qu'Eugénie a commencé son cahier de "poésies". On a du mal à s'imaginer les écoliers d'antan récitant à voix haute après "le chêne et le roseau", "Tu veux savoir, enfant ce qu'est ce monstre, un boche...". Pour faire court et cynique, je dirai que c'était là une étrange méthode "d'ensaignement".
En ce jour de commémoration d'armistice, voici enfin un poème émouvant, à lire à haute voix, avec une pensée pour tous ces enfants de France, d'Allemagne et de tous les pays qui ont pris part à cet horrible conflit et qui sont morts je ne sais pas vraiment pourquoi.
Si vous connaissez Paul Manivet, l'auteur du poème, si vous savez de quel recueil ces vers sont issus, merci de me le dire, j'aimerais bien en savoir plus sur celui qui a su avec autant de douceur mettre des mots sur ces heures si sombres.
La lettre
C’est l’heure du courrier et de la nostalgie :
Le soir, dans le passé, l’homme se réfugie,
Le canon se repose et la haine s’endort,
Après l’orage on songe à la douceur du port.
Chacun attend le pli magique qui renferme
Un peu de l’air natal qu’on respire en sa ferme.
Pour tous, le vaguemestre incarne le pays ;
Il avance. On accourt, mais que d’espoirs trahis !
Il ne sort de son sac qu’une lettre, une seule,
C’est à son petit fils que répond une aïeule
Et le destinataire, heureux, la prend confus
De son bonheur devant ses compagnons déçus,
L’écarte et loin des yeux jaloux la décachette,
Afin de mieux jouir de sa joie en cachette.
« Allons, dit un loustic, lis tout haut : un moment
Nous aurons le même âtre et la même maman. »
Et la vieille en sa tendre et naïve écriture
Dit le foyer désert, et le champ sans culture ;
La guerre meurtrière est rude aux paysans ;
Sa santé résistant encore au poids des ans,
Et qu’elle se résigne à vivre en solitaire
En songeant que son gars, là-haut, défend sa terre,
Qu’il n’écrit point assez, que quelques mots de lui,
C’est comme si soudain le soleil avait lui
Elle ajoute qu’Alice, hélas moins éveillée
Vient chaque soir passer près d’elle la veillée,
Mais qu’il faut préférer aux amours le devoir
Et la gloire de vaincre au plaisir de se voir.
Les troupiers attendris, oubliant l’heure amère,
Croient revoir leur maison, croient entendre leur mère,
Et cette lettre au ton qui convient, triste et doux,
Adressée à l’un d’eux semble écrite pour tous.
Paul Manivet
02:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
samedi, 10 novembre 2007
Le cahier d'Eugénie 3
" Honneur à la France "
C'est le titre d'un des poèmes extraits du cahier d'Eugénie. L'auteur n'est pas mentionné,
si vous le connaissez, merci de me le dire...
Honneur à la France
Brillant comme une aurore
De gloire et de grandeur
Il est un nom sonore
Qu’on chante avec ardeur
Il parle d’espérance aux peuples asservis
Honneur au nom de France
Et gloire à mon pays (bis)
Riant trésor de gerbes
De fleurs et de Buissons
Il est des champs superbes
Qui dorent les moissons
Ils offrent l’abondance
Aux peuples appauvris
Honneur aux champs de France
Et gloire à mon pays (bis)
Il est un peuple affable
Et brave et généreux
Son âme secourable
Se donne aux malheureux
Les pleurs et la souffrance
Sans terme sont taris
Honneur aux cœurs de France
Et gloire à mon pays (bis)
Appel à la vaillance
Écho de notre cœur
Un hymne à la puissance
L’entraîne à la splendeur
Il veut l’indépendance
Des peuples asservis
Honneur au chant de France
Et gloire à mon pays (bis)
Je vous présente aussi " Un champ de bataille", poème d'André Lemoyne (1822 - 1907) qui est (pas le poème, l'auteur) m'apprend Wikipédia, cité par Rimbaud dans sa Lettre du Voyant, à Paul Demeny, 15 mai 1871.
Un champ de bataille
Les braves dorment bien dans cette immense plaine
Pas de saules pleureurs, pas de tristes cyprès
Ce n’est qu’un terrain vague où vient la marjolaine
La bruyère et l’ajonc. Mais là, cent ans après,
Filant à pas songeurs leurs quenouilles de laine,
Les filles du pays, d’un long regard pieux
Salueront le champ calme où dorment les aïeux
Et diront : « Par milliers, dans ce grand cimetière
Pâtres et laboureurs, sans linceul et sans bière,
Tous frappés par devant se couchèrent un soir…
Ils avaient accompli maintenant leur devoir »
André Lemoyne
13:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 08 novembre 2007
Le cahier d'Eugénie 2
Merci à Michel Chalandon de m'avoir mis sur la piste de Paul Manivet, l'auteur de la "Lettre", poème que je montrerai en dernier.
Voici, dans le cahier d'Eugénie, "Dis-moi, quel est ton pays.", d'Emile Erckmann et Alexandre Chatrian, les auteurs de l'Ami Fritz, leur oeuvre la plus connue...
Dis-moi, quel est ton pays ?
Dis-moi, quel est ton pays :
Est-ce la France ou l’Allemagne ?
C’est un pays de plaines et de montagnes,
Une terre où les blonds épis
En été couvrent la campagne ;
Où l’étranger voit, tout surpris,
Les grands houblons en longues lignes
Pousser joyeux au pied des vignes
Qui couvrent les vieux coteaux gris !
La terre où vit ta forte race
Qui regarde toujours les gens en face…
C’est la vieille et loyale Alsace
Dis-moi, quel est ton pays :
Est-ce la France ou l’Allemagne ?
C’est un pays de plaines et de montagnes,
Que les vieux Gaulois ont conquis
Deux mille ans avant Charlemagne…
Et que l’étranger nous a pris !
C’est la vieille terre française
De Kléber, de la Marseillaise !...
La terre aux soldats hardis
À l’intrépide et froide audace,
Qui regardent toujours la mort en face !
C’est la vieille et loyale Alsace !
Dis-moi, quel est ton pays :
Est-ce la France ou l’Allemagne ?
C’est un pays de plaines et de montagnes,
Où poussent avec es épis,
Sur les monts dans les campagnes,
La haine de tes ennemis
Et l’amour profond et vivace
Ô France, de ta noble race !
Allemands voilà mon pays
Quoi que l’on dise quoi que l’on face
On changera plutôt le cœur de place
Que de changer la vieille Alsace
Erckmann-Chatrian
A bientôt...
21:10 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre de 14-18, poilus










