Dans les Jardins de la Fontaine
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mercredi, 30 avril 2008

L'aliment de la conversation

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Pour cuire son pot, Pepe Carvalho, le détective gastronome—et barcelonais de surcroît—né de la plume de Manuel Vasquez Montalban, allume son feu en brûlant des livres. Des mets contre des mots… nourriture terrestre contre nourriture spirituelle… paradoxe d’un écrivain qui livre ses livres au bûcher pour quelques bouchées…
Il devait avoir ses raisons, le Manuel, de condamner ainsi les paroles à la casserole...

Et quand on voit vivre un peu les gens de Barcelone, les « voisins » de feu Montalban, donc, on est frappé par le rapport étroit qu’ils entretiennent avec la nourriture. Elle est partout présente, à profusion, comme pour signifier qu’ayant manqué parfois, dans le passé, elle devait désormais s’offrir à nos regards autant qu’à nos papilles : des hordes de jambons—pernil en catalan— pendent au-dessus des comptoirs des cafés et des restaurants. Jabugo, Bellota, Patanegra, Serrano disent les étiquettes… Savamment élaborés avec le souci de la forme autant que des couleurs, des étalages de toutes sortes de produits font du marché de la Boquerίa, au bord des Ramblas, un véritable pavillon d’art culino-baroque… À toute heure, derrière de beaux présentoirs, des tapas incroyablement variées —ça n’est pas une spécialité barcelonaise mais la greffe catalane a très bien réussi—vous font saliver et craquer…

Et les gens s’arrêtent, regardent, choisissent, dégustent, discutent... À Barcelone on parle beaucoup, à voix haute, avec un débit rapide ; le catalan roule et coule comme la cerveza, le carajillo, la sangria. Pour être complète, toute carte postale de Barcelone se devrait d’être sonore.

Alors je me demande si toute la nourriture qui a attiré mes regards n’est pas en fait, tout simplement, qu’un « aliment » de la conversation. On flâne dans les halles, on goûte et on charla, on « tchatche » dirait-on chez nous, on s’installe au comptoir pour discuter, autour d’un verre, devant un assortiment de tapas succulentes. C’est tout un art de vivre qu’ici nous n’avons pas vraiment, nos repas sont en effet plus formalisés, codifiés, ritualisés.

Pepe Carvalho a peut-être raison de brûler les pages des livres qu’il aime pour allumer son feu. C’est de ce feu que le verbe naîtra. Commençons par aimer la vie, nous dit-il sans doute, commençons par aimer la vraie vie, par la goûter vraiment, il sera toujours temps de l’écrire ensuite, loin de la foule, en solitaire, dans une tour d’ivoire…
En attendant, goûtons la vie, goûtons les autres.

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23:40 Écrit par Phil dans Cuisine/Gastronomie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : barcelone, boqueria | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |