Dans les Jardins de la Fontaine
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lundi, 11 août 2014

Le parc de Madame

Barcelonnette, Enchastrayes, Alpes, Parc, Manoir, Glorielle

J’ai quitté le chemin balisé, le pas de côté, toujours le plus intéressant…

Je suis entré par effraction dans un petit parc en friche, accueilli par les notes douces d’une source qui faisait déborder un vieux lavoir à deux bacs en ciment comme celui qu’avaient mes grands-parents et un abreuvoir de pierre moussue qui lui était accolé.

Bordant une allée de tilleuls très touffus, d’érables et de noisetiers dont les feuilles s’empourpraient en touchant le soleil, elle était là, demeure au petit bois dormant, avec ses volets clos, sa porte cadenassée, ses murs galeux. Pas une ruine cependant, le toit semblait solide, une des cheminées avait été refaite et l’autre sembla tout soudain s’animer lorsque coïncida sur elle le panache blanc d’un long courrier dans le ciel bleu.

Devant une des façades envahie par les ronces, les églantiers et quelques roses encore hardies, j’ai vu cette gloriette en bois, enfin ce qu’il restait de son ossature, faisant un abri dérisoire à une table ronde de jardin au plateau de tôle perforée, tout rouillé, entourée de  chaises et de fauteuils en fer forgé aux volutes encore blanches et gracieuses.

Le lavoir, la gloriette, la table et les chaises, le parc abandonné, tout cela m’a soudain rappelé le domaine dans lequel mon grand-père était régisseur, des années 40 jusqu’en 70. Le parc était en face de la petite maison qui lui était attribuée, dans laquelle ont vécu ma mère et ses sœurs et où, enfants, nous venions souvent, toute une cousinade, dans les années 60, à donner bien du tracas à pépé et mémé…

Le parc était celui du manoir de la marquise, la patronne de pépé, avec laquelle il « s’engueulait » une fois par an, lorsqu’elle venait pendant les vendanges donner des conseils qu’il ne voulait jamais suivre. Il avait plus de cent hectares de vignes et une « colle » de quarante vendangeurs à gérer, alors, la marquise, qui descendait de Paris en pleine « campagne » des vendanges, c’était de trop… On l’appelait Madame. C’est tout. Mémé disait : « A partir de demain, vous n’allez plus dans le parc, Madame vient. »

Et Madame arrivait, dans sa Simca Plein-Ciel décapotable que mes souvenirs peignent en rouge, avec un foulard flottant au vent comme une gaze. Elle garait le bolide dans une remise et elle disparaissait dans son manoir après avoir dit à mémé que nous avions grandi, sans bien savoir de quelle "petite" nous étions les enfants. Et on ne la voyait plus. De toute façon, ce qui nous fascinait, c’étaient les chevaux, il y en a eu jusqu’à onze, les tracteurs aussi, qui peu à peu remplaceraient les bêtes, les comportes pleines à ras bord de raisin "quiché" à la masse, englouti par l’immense pressoir, le bruit des machines, les ahans et les coups de marteau de Jean, le maréchal-ferrant sur les fers rougis et l’odeur âcre de la corne brulée quand il ferrait un cheval, la vie des vendangeurs et de leurs familles qui séjournaient dans de grands bâtiments, tout près, et jetaient, le soir, des escargots, des oignons et des pommes de terre sur les braises en chantant au son d’une guitare une rauque complainte andalouse. Ils étaient pauvres, dépensaient le minimum pendant tout le mois que durait la campagne, puis ils partaient vers Bordeaux pour un mois de plus, les vendanges là-bas étant plus tardives.

Et quand octobre chassait enfin la furie des vendanges, le domaine était calme et le parc redevenait notre terrain de jeu. Alors, voilà, ce petit parc tout buissonnant — à plus de 400 kilomètres du beau parc de Madame — a rallumé l’écran des souvenirs de mon enfance. C’est cela, la magie toujours renouvelée du pas de côté.

Barcelonnette, Enchastrayes, Alpes, Parc, Manoir, Glorielle

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19:25 Écrit par Phil dans Blog, Images, Loisirs/Culture, Nature/Environnement, Photos/Dessins, Traditions, Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 25 juillet 2014

Jardins, dernier juillet

Jardins de la Fontaine, Nîmes, parcs, Jardins, plantes, photos, nature, écureuil

La visibilité des blogs est aujourd’hui plus que réduite dans le Midi Libre numérique.

Le lien qui permettait, depuis la page nîmoise, d’aller dans les Jardins de la Fontaine a disparu, divisant par deux le nombre des « promeneurs ». Désormais c’est le lien vers tous les blogs qui est relégué dans les tréfonds du site du Midi Libre, avant peut-être une expulsion définitive…

Cela signifie sans doute qu’une page numérique se tourne, que l’aventure touche à sa fin.

Il faudra donc anticiper et faire autrement, ailleurs, ne plus faire du tout peut-être…

Depuis 2007, plus de 1700 photos des Jardins de la Fontaine — pour ne compter que celles-là — ont été publiées dans ce blog. Il y a eu quelques expositions, une est encore prévue pour l’automne, il y a un projet de livre, je ne quitte donc pas ce lieu magnifique mais le travail que j’y poursuis obstinément doit changer de vecteur semble-t-il.

Alors, lorsque le cap des deux mille images sera franchi, bientôt, il sera temps d’en changer, de cap, et de changer de route.

En attendant, quelques vues prises ces jours derniers, images prises avec le cœur.

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16:12 Écrit par Phil dans Blog, Images, Loisirs/Culture, Nature/Environnement, Photos/Dessins, Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 04 juillet 2014

Les toits les murs les pierres les poutres les portes et les fenêtres

Rocamadour, Saint-Cirq Lapopie, Albi, Cahors

Mon père était maçon.

J’ai longtemps eu la maçonnerie en horreur. Longtemps.

Il fallait faire le manœuvre les jeudis, jours sans école et pendant les vacances : gâchées de béton ou de mortier, à la pelle ou à la bétonneuse, pierres à extraire, à casser, à trier, à empiler, sacs de ciment et de plâtre à décharger  — respectivement cinquante et quarante kilos — et aussi quérons (ou parpaings) qui font de vos mains de vraies râpes à fromage, briques, hourdis, poutres de bois ou de ciment, poutres à ferrailler des jours et des jours durant, planches des coffrages à clouer, à déclouer, échafaudages à monter, à démonter, brouettes à charger et à pousser sur des madriers tanguant au-dessus des tranchées, seaux à remplir, à hisser par la poulie, sable ou gravier à tamiser, marteau-piqueur à dompter, courbatures assurées, poussière respirée, plâtre avalé les jours de tramontane, ongles écrasés, dos abîmé, mains meurtries par les échardes des manches de pioche, bise glaciale ou torpeur du mois d’août…

Je n’ai pas regardé mon père choisir méticuleusement ses pierres pour dresser les murs ou habiller les belles cheminées d’intérieur, je ne l’ai pas regardé hacher son mortier dans la gamate pour bien le mélanger, en charger une taloche assez grande, sa « palette de peintre » tenue de la main gauche, puis avec la main droite en prendre avec sa truelle pour le jeter d’un geste rapide, sec et précis sur la surface à crépir et pour finir le lisser avec la taloche délestée de sa charge. Je ne l’ai pas regardé prendre son fil à plomb ou son niveau pour vérifier ou rectifier la pose d’un quéron sur une couche de mortier, pas regardé ajuster une pierre en clé de voûte, pas regardé couper soigneusement des carreaux ou des dalles, pas regardé jouer de la tyrolienne pour décorer une façade, pas regardé accrocher en chantant une branche feuillue sur un toit achevé, rituel immuable, avant de trinquer avec ses ouvriers, vite, vite, le travail n’attend pas…

Je n’ai pas regardé, pas vraiment, mais j’ai vu, j’ai souvent vu de ma place de manœuvre sans jamais faire par moi-même. Mon père n’avait pas le temps de transmettre son métier, pris sur plusieurs chantiers à la fois, ou peut-être, inconsciemment, n’en avait-il pas envie, rêvant pour nous à d’autres horizons comme il en avait rêvé pour lui avant que la guerre ne le prive d’école. Peut-être alors, je ne saurai jamais car ce métier l’a vite usé, cantonnait-il ses fils à des rôles de manœuvres pour qu’ils s’éloignent du bâtiment…

Aujourd’hui, quand je flâne dans de vieux villages — comme là, entre Albi, Saint-Cirq Lapopie ou Rocamadour — je regarde avec une certaine nostalgie les traces des bâtisseurs fantômes, les tuiles rousses, canal ou plates qui dévalent les toits pentus, plus ou moins alignées, je regarde les cheminées acrobatiquement posées et coiffées de chapeaux fantaisistes, je regarde les murs crépis, décrépis, décrépits, les briques roses, fauves, restaurées ou fanées, les pierres apparentes, les portes et les fenêtres et les volets de bois et tout ce qui s’use, se dégrade, se ruine, se ronge, s’abîme ou se restaure et puis se magnifie sous les griffes du temps, du soleil, du  froid et de la pluie.

Alors je pense au garçon que j’étais, je fais passer au père ou à un ouvrier le mortier qu’il demande, des tuiles, des pierres, des briques, des chevrons, des outils pour que sortent de terre et éclosent ces murs, ces charpentes, ces toits, ces demeures qui vont un temps défier le temps et joliment s’inscrire dans un cadre comme celui que mon regard embrasse aujourd’hui et qui me transporte malgré moi dans ce temps révolu où je n’ai pas voulu regarder mon père.

Rocamadour, Saint-Cirq Lapopie, Albi, Cahors

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14:22 Écrit par Phil dans Blog, Images, Loisirs/Culture, Nature/Environnement, Photos/Dessins, Traditions, Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |