Dans les Jardins de la Fontaine
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vendredi, 29 mai 2009

Les bras en croix

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Dans la voiture qui nous conduisait un peu au hasard des petites routes aveyronnaises, mon ami Bernard me faisait remarquer les nombreuses croix qui marquaient ici ou là les chemins, les entrées ou les places des villages, surmontant parfois même un monument aux morts — malgré notre laïque loi de 1905.
— Tu devrais faire un truc sur ces croix, dans ton blog… les croix templières, surtout…
Il eût fallu, pour mener à bien ce projet, prolonger les visites, faire des recherches plus systématiques, approfondir le sujet. Nous retournerons donc en Aveyron…

Le hasard de la projection d’une vidéo d’Oliver Pietsch, Morgenstern, qui est une « compilation » brute et brutale de scènes de crucifixions au cinéma, m’a ramené sur mon chemin des croix…  curieux chemin aussi, pour l’esprit vagabond…
Revenons-donc en Aveyron... Il y avait trois sortes de croix : des croix templières, des croix nues et des croix portant le Christ.

Les croix templières sont nues mais différentes des croix chrétiennes classiques en ce sens qu’elles ne sont pas dissymétriques, avec quatre branches égales, parfois pattées, parfois cerclées. Elles sont étranges pour un profane, elles racontent une histoire beaucoup plus symbolique, mystérieuse, plus hermétique que la simple histoire de la souffrance d’un homme-dieu cloué sur un morceau de bois. Je me promets d’étudier ces croix avec l’ami Bernard qui ma alerté sur leur présence dans ces lieux traversés par la Via Podiensis.

Les autres croix, nues ou portant le Christ sont plus nombreuses. Que disent-elles ?

Celles qui sont « vides » s’adressent semble-t-il à l’intelligence du Chrétien. À lui d’aller derrière le signe (le logo dirait-on aujourd’hui) pour comprendre le message. À lui d’imaginer, au sens propre du terme.
La croix a été un symbole puissant bien avant le christianisme qui en a fait son emblème assez tard dans son histoire, pour diverses raisons comme la peur des persécutions, au début, puis le refus de montrer un dieu par trop humain, châtié et fragile. Plus tard encore, protestants et catholiques marqueront avec la croix leur différente conception du christianisme. Croix dépouillées pour les Huguenots, avec le Christ, souvent, pour les « Papistes ».

La croix portant le Christ ne s’adresse pas à l’intelligence du fidèle sinon à ses affects. Elle est réaliste comme les autres sont abstraites, analogique comme les autres sont métonymiques, métaphoriques. Elle donne à voir le dieu incarné, l’homme déchu, moqué, souffrant, humilié, cloué, transpercé, torturé et mis à mort comme un simple larron. Elles convoquent l’émotion, les larmes, la pitié, la compassion. Mettons-nous à la place du fidèle qui n’avait guère l’occasion de lire si tant est qu’il savait lire ou qu’on lui permettait de savoir lire, qui voyait peu d’images — parfois à peine la sienne dans de mauvais miroirs—, peu de représentations, peu de signes hors l’iconographie religieuse. Comment douter, comment réfléchir, comment prendre du recul et chercher la lumière sous l’ombre envahissante de cet homme cloué ?

Catharsis ?  Édification ? Pression psychologique… manipulation ?

Problème : comment, pour le fidèle bouleversé par la contemplation de cette souffrance, ne pas entrer en sympathie — étymologiquement parlant —  avec l’homme-dieu humilié sous ses yeux ? Et lorsque ses yeux aveuglés ne voient pas que dans les yeux du Christ parfois tournés vers le ciel se devine déjà sa future résurrection, comment ne pas maudire le bourreau ? Exhiber ainsi le spectacle d’un supplicié agonisant n’est-ce pas le meilleur moyen pour entretenir ce sentiment de haine ?

Problème : lorsque les Romains, descendants des bourreaux, se christianiseront à leur tour, c’est sur un peuple entier, les Juifs, qu’ils détourneront cette haine et feront de ce peuple le « peuple déicide »…

Problème…

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10:35 Écrit par Phil dans Histoire, Traditions | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : croix, crucifixion, crucifix, christ, templiers, christianisme | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 25 mai 2009

Ameur, quand tu nous tiens !


 

occitania.jpgLes commentaires et les mails reçus à propos de "l'escolo" de Cantobre (cf. la note précédente) me ravissent.
La belle langue d'Oc est encore vivace dans les esprits même si elle n'est plus beaucoup parlée désormais.

Notre accent du Midi transporte encore ses volutes phonétiques. Pour combien de temps ?
Mais il nous reste l'amour ! L'amour courtois, demandez-vous ?

La culture occitane n'avait pas de courtois que l'amour !

Non, il reste l'amour, le mot lui-même. Amour, n'est-ce pas le plus beau mot de la langue française ?

Oui !

Eh bien, il est d'oc, amour, et pas d'oïl ! Amor latin aurait dû en français donner ameur, comme fleur, labeur, etc. Pas amour qui a bien notre accent ! Ameur ! Imaginez un peu ! Avec quoi faire rimer ameur ? Avec "tu meurs" ? Avec "Rameur" ? Avec "t'as l'heure"... Bon, n'en jetons plus... Vive l'Amour des troubadours qui a su résister au rouleau compresseur du français et lui donner à tout jamais cette touche élégante, suave et langoureuse. Ameur ! Non, mais !

 

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23:22 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : occitanie, occitan, langue d'oc | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 23 mai 2009

L'Escolo de la Republica

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Dans sa dernière livraison, Ulysse nous conte comme il sait si bien le faire sa dernière escapade « En suivant le cours de la Dourbie ».  Il montre notamment une photo d’une école, d’une « Escolo » prise à  « Cantobre, nid d'aigle perché à 100m au dessus du confluent de la Dourbie et du Trévezel »…
Curieusement, je suis allé aussi visiter ce village et j’ai fait à peu près la même photo de cette « Escolo » reconvertie en maison secondaire. Alors, nos deux clichés se joignent pour la perpétuer, cette « Escolo » dont les murs emprisonnent à jamais les cris et les rires des enfants.

Ce qui m’intrigue, avec cette « Escolo », c’est simplement ce nom gravé au-dessus de la porte : «L'escolo ».
Quelque chose ne cadre pas avec ce lieu, quelque chose me dit que l’inscription « Escolo » ne peut pas être d’origine.

Pourquoi ?
Me reviennent alors ces paroles du chanteur occitan Claude Marti, portées par un air durablement gravé dans mes oreilles :
Mas perqué, perqué
M'an pas dit à l'escòla
Lo nom de mon país ?

(Mais pourquoi, pourquoi/ Ne m’a-t-on pas dit à l’école/Le nom de mon pays)

Voilà ce qui « cloche » avec cette « Escolo », c’est ce nom même, dans une langue honnie de la République, langue à tel point méprisée qu’on lui refusa ce statut de langue pour en faire un « patois » archaïque !
Souvenons-nous : la chasse aux « patois » commence à partir de la Révolution Française. La langue est un facteur d’unité nationale et la peur des soulèvements, de la réaction, des conservatismes, de l’ancien régime en un mot pousse les législateurs d’alors à prendre des mesures visant à combattre et éradiquer les patois. Quelle meilleure arme alors que l’École de la République ?

En quelques générations, ce sera fait. Chassés d’abord de la classe au moyen de punitions (le fameux « signal », les corvées, le pain sec, etc.), puis de la cour de récréation par les enfants entre eux, les « patois » quitteront enfin le foyer pour n’y plus revenir.

Alors, qu’une école porte sur son fronton cette inscription « Escolo »  me rend plus que perplexe mais me ravit. Clin d’œil, peut-être, d’un ancien propriétaire qui en a hérité et qui a voulu se « venger » des punitions subies pour avoir lâché un juron, une exclamation, une simple remarque dans la langue du père ? J’aime le croire…

Peut-être qu’un jour futur un photographe saisira sur un fronton d’école dans un village abandonné une inscription étrange : un « School » barré et remplacé par un tag rageur : « École » …

Si l’on accepte l’idée que dans un territoire une langue puisse écraser les autres, on doit alors accepter de voir un jour cette même langue dépérir sous les assauts d’une langue encore plus conquérante…

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17:25 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : escolo, patois, occitan, révolution française | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |