Dans les Jardins de la Fontaine
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jeudi, 11 novembre 2010

Larmistice

 

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L'armistice n'est pas la paix.

Combien de morts entre deux commémorations annuelles de l'armistice de 1918 depuis 1918 ?

C'est cela qu'il faudrait compter chaque année, les morts pour faits de guerre, par exemple, depuis le 11 novembre 2009 ?

Et aujourd'hui, simplement, 11 novembre 2010, combien de morts aujourd'hui, combien ?

Combien d'êtres humains vont tomber sous les balles, les coups de machette, les bombes, tout ce qui troue, transperce, taille, arrache, fouille la chair pour en ôter la vie ?

Combien vont mourir aujourd'hui pour la seule raison après tout qu'ils sont vivants ?

Combien vont naître aujourd'hui pour au final ne devenir que futures victimes ? C'est que ça consomme énormément, la connerie humaine, il faut fournir ! Rappelez-vous ces stupides gradés qui d'un seul trait de plume envoyaient à la mort des bataillons entiers pour satisfaire leur égo. Près de soixante mille morts en une seule journée lors de la bataille de la Somme... somme éternel pour des milliers d'enfants de la terre, gâchis, boucherie, connerie, connerie... Oui, ça consomme pas mal en Tonne Equivalent Cadavre, la connerie humaine. Et qui l'arrêtera ?

Ma colère revient chaque année. Il faut se souvenir, oui, mais trêve des larmes pour ceux que tue la connerie des hommes ! Larmistice ! Il faut que revienne la colère, l'indignation, la révolte. Plus que les pleurs, la compassion, c'est la colère qui doit aujourd'hui s'exprimer, c'est elle seule qui aurait pu endiguer dès 1919 les flots meurtriers des sanglantes marées qui allaient suivre.

Pour commémorer à ma manière cette journée particulière, je renvoie ceux qui visitent ce blog à tout ce que j'ai déjà posté depuis trois ans à la même date.

Il y a eu ce cahier d'Eugénie, écolière pendant la « grande guerre » trouvé dans un grenier. Il est très parcouru, ce cahier, des profs d'histoire de France et d'ailleurs on pris contact avec moi pour l'utiliser. Lire ce qu'apprenaient les enfants de la guerre en dit long sur nos mentalités...

Il y a l'histoire de mon grand-père maternel qui est venu d'Espagne à l'âge de quatorze ans pour déterrer les morts dans les champs de batailles et aligner des croix... La note a pour titre « Terre d'accueil »

Il y a cette note (« Le sacrifice dans la chapelle ») publiée après la visite de la chapelle du château de Saint-Privat, tout près du Pont du Gard, chapelle dont la décoration par Georges Desvallières est très édifiante.

Tout cela pour que ne s'éteigne jamais non pas la flamme du souvenir mais la colère salutaire...

 

10:59 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poilus, 1418, guerre, armistice | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 16 novembre 2009

Le sacrifice dans la chapelle, suite

 

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Mystérieusement, les photos que j'avais cru publier pour ma note précédente sur le thème de la chapelle du Château de Saint-Privat n'apparaissent pas sur tous les ordinateurs. Je ne m'en étais pas rendu compte. Qui pourra m'expliquer ?

Alors je les publie à nouveau en espérant qu'elles apparaîtront pour tous.

 

19:45 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : saint-privt, pont du gard, guerre 14-18, poilus, château de saint-privat, gard | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 11 novembre 2009

Le sacrifice dans la chapelle

 

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Si vos pas vous conduisent au Pont du Gard, prenez le temps d'aller visiter le château de Saint-Privat qui comptait jadis sur ses immenses terres le romain monument et que le département jaloux rechigne à ce qu'on en mentionne l'existence et encore moins la direction. Il est pourtant là, ce magnifique château, tout près ; il suffit de passer sous le Pont et de poursuivre sur les bords du Gardon qu'il surplombe presque aussi majestueusement.
Si la visite vous tente, voici un lien qui vous renseignera.

Il y a dans ce domaine une chapelle du XVIIIe siècle dont l'intérieur, restauré dans les années vingt vaut à lui seul le détour et en montrer quelques images s'impose, en ce jour de commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918 et de "réconciliation franco-allemande".

Depuis 1916 le château et les terres de Saint-Privat appartenaient à Jacques Rouché, riche mécène qui avait fait fortune dans les parfums synthétiques et qui dirigera jusqu'après la seconde guerre mondiale l'Opéra de Paris puis la Réunion des Musées Nationaux. Cet homme, le grand-père de l'actuelle propriétaire, a découvert, côtoyé, soutenu, subventionné les plus grands artistes de toutes les disciplines de son époque. C'est au peintre Georges Desvallières, ami de Gustave Moreau, fondateur des Ateliers d'Art Sacré qu'il a demandé en 1922 de redécorer l'intérieur de la chapelle.

C'est cela qu'il faut voir. George Desvallières avait perdu deux fils pendant la grande guerre, était allé lui-même sur les champs de batailles et c'est le thème du "sacrifice" qu'il a choisi pour décorer la chapelle. Alors, sur les murs couverts d'immenses toiles marouflées, scènes bibliques et scènes de la guerre des tranchées se conjuguent pour donner de la religion une image forte, brutale, violente. Le dieu qui nous regarde dès l'entrant ferme un de ses poings dans un paysage tourmenté. Est-ce le dieu jaloux et coléreux qui se manifeste parfois dans l'Ancien Testament ?

Ces murs montrent la souffrance, celle du Christ mais aussi celle des hommes, des combattants casqués, de bleu vêtus, mourant dans la boue, les flammes, les barbelés, dans un décor hostile et inquiétant où les cocardes tricolores des crois de bois plantées à la va-vite évoquent des cibles bien faciles...

Le portillon de fer forgé qui ouvre sur l'autel est lui-même orné de deux obus stylisés qui se font face comme des serre-livres... terribles...

Quel message George Desvallières veut-il nous délivrer derrière ces métaphysiques allégories ?

À vous d'apprécier...

Celui que personnellement j'ai saisi n'est ni à la gloire de l'homme ni à la gloire du dieu des chrétiens. La mort, lorsqu'elle touche aveuglément, injustement, prématurément ceux qui pourtant ont la vie devant eux est un scandale révoltant dont on ne peut vraiment se consoler, même armé d'une foi aussi blindée que la robe d'un char d'assaut Mignot de 1914.

Alors Desvallières, peintre néanmoins très croyant a des comptes à régler, c'est sûr, avec le « tout-puissant ».

Alors, de cette petite chapelle oubliée loin des sentiers des pèlerins, loin des sages églises villageoises enrubannées de circulades pittoresques, il a fait un immense gueuloir polychrome. Curieusement, cette chapelle n'a pas été consacrée. Allez savoir pourquoi...

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Pour clore cette note, quelques mois après sa publication, je me permets de simplement reproduire ici le message qu'un visiteur du blog me fait parvenir. Merci à ce monsieur pour les précisions qu'il donne et qui rétablissent certaines approximations historiques :
Monsieur,

Je pense que vous êtes le rédacteur concernant le chateau de St Privat - Vers Pont du gard.
Quelques précisions : George DESVALLIERES peintre décorateur de la chapelle. Dans son prénom pas de " S "
car il était d'origine Ecossaise par sa grand-mère.
En second lieu: un seul de ses fils Denis, est mort au combat  ( le 19 mars 1915 au reichackerkopf, à coté du linge - Alsace)
Le ferronnier d'art qui a fait la barrière de communion s'appelait Richard.

En effet je connais assez bien les peintures de DEVALLIERES car notre église a les plus grandes peintures dans un même lieu.
Représentation: Le chemin de croix sur le pourtour intérieur de l'église, les dix commandements, la voûte de choeur.
Il a aussi décoré la chapelle Notre-Dame des neiges au sommet du Markstein (sa dernière oeuvre à 90 ans)
Existe également un tableau dans la chapelle Notre-Dame du Chêne à Ruelisheim. Tableau réalisé alors qu'il
résidait chez l'habitant durant la décoration de l'église Ste Barbe de Wittenheim.
Depuis l'église Ste Barbe on voit le lieu où il fit la guerre à  l' "hartmannswillerkopf" (engagement à l'age de 53 ans)
Son fils Richard a fait également la table de communion ainsi que la cuve des fonds baptismaux.
Bien à vous, me donner une réponse si cela vous a intèressé. Salutations."
Roland Chapouilly