Dans les Jardins de la Fontaine
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lundi, 03 octobre 2011

Je me souviens du 3 octobre

    Je me souviens de cette caravane qui emportait avec elle le feu qu’elle n’avait pas respecté… je m’en souviens d’autant plus qu’une amie à qui je projetais un soir des diapos du 3 octobre la reconnut non sans quelque émotion : c’était celle de ses parents, échappée du garage au plus fort de la crue.

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

    Je me souviens de cet avion de reconnaissance aérienne passant très bas, au-dessus de nous. Nous étions donc vraiment des sinistrés... Au milieu du carrefour, le lampadaire chahuté a résisté au courant — pas électrique celui-là — mais les gueules ouvertes de ses luminaires bâillent dans le vide.

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

    Je me souviens qu’il y avait la foire de la Saint-Michel sur les allées Jean-Jaurès. Devant le château fantôme s’entassent les carcasses. Drôles d’autos tampons…

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

Je me souviens de ces maisons éventrées dans le quartier de Camplanier. La mémoire des hommes avait depuis longtemps effacé les dernières empreintes des derniers tumultes du Cadereau.

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

    Je me souviens de cette auto enfouie, comme absorbée par des pierres mouvantes.

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

    Je me souviens du cimetière protestant, de ceux qui avaient perdu leurs morts, emportés eux aussi dans l’Achéron-Cadereau...

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

     Je me souviens de ces voitures englouties dans les eaux gonflées du canal des Jardins de la Fontaine, des sapeurs pompiers-plongeurs qui visitaient les carcasses immergées et qui, devant les badauds attroupés faisaient d’étranges signes à leurs collègues : en même temps que baissait le niveau des eaux, enflait une rumeur irrationnelle sur tous ces morts qu’on nous cachait !

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

     Je me souviens du trou béant des fondations de ce qui deviendrait plus tard la Médiathèque de Nîmes. Ce trou a bu tant d’eau que certains ont pu croire mordicus qu’il avait carrément sauvé notre Maison Carrée…

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

     Je me souviens de quatre piquets sur lesquels s’accrochait un ruban. Il délimitait ce qui avait été une propriété avec au milieu, sur son écrin de verdure – pouvait-on imaginer –, une belle villa aux portes de la ville. Ici encore faillit la mémoire des hommes et de cette maison, de ses abords arborés, de sa pelouse entretenue rien d’autre ne restait que de la pierre nue. Un homme était assis sur son tas de gravats, pâle, hagard, abattu, incrédule. C’est lui qui m’a brièvement parlé de sa maison perdue.

 Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

    Je ne me souviens plus de toutes mes photos perdues. Plus d’un millier sans doute. Les eaux boueuses charriaient aussi, hélas, tout le mazout des cuves éventrées. C’est cette étrange alchimie qui a eu raison de la surface sensible de mes diapositives et de mes négatifs. J’en ai gardé une dizaine, en souvenir, avant que les pelles des soldats réquisitionnés pour le grand nettoyage ne jettent tout cela dans les bennes à ordure. On croirait ces images retouchées, déformées à dessein. Il n’en est rien, et j’ai beaucoup appris, depuis ce 3 octobre, sur l’impermanence des choses.

 

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

Crues, inondations Nîmes, 3 octobre 1988, catastrophe nimoise, Cadereau

Pour d'autres notes sur les inondations du 3 octobre :

http://fontdenimes.midiblogs.com/tag/inondations

 

 

 

 

 

 

08:13 Écrit par Phil dans Actualités, Blog, Histoire, Images, Nature/Environnement, Photos/Dessins | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Effarant ! beau reportage, qui se pourrait se passer de commentaires, mais vos précisions sont des plus intéressantes.
Sur la dernière photo, le bas de la moto semble baigner dans une eau boueuse, c'est hallucinant.

Écrit par : Tilia | lundi, 03 octobre 2011

Je me souviens, et dis :
cette année point de ces averses,
orages encore oubliés.

Écrit par : michel, à franquevaux. | vendredi, 07 octobre 2011

Je me souviens que nous habitions le même immeuble... Las, aucune photo chez moi... pas de pelloche en stock.
Je me souviens de la peur de ma fille, 4 ans, et aujourd'hui, à chaque orage d'octobre, son visage me rappelle sa peur...
A plus...

Écrit par : Lecabour | vendredi, 07 octobre 2011

"Habitions le même immeuble" ?
Bigre, des précisions !!

Écrit par : Philippe Ibars | samedi, 08 octobre 2011

jE ME SOUVIENS ,OUI MAIS EN LISANT J'EN AI LES LARMES AUX YEUX, LE COEUR SERRE ET MA RESPIRATION, OUI JE ME SOUVIENS, ET TOUTE MA VIE JE M'EN SOUVIENDRAIS . DE TOUTE FACON JE NE VEUX PAS OUBLIER....

Écrit par : JEAN CLAUDE | samedi, 08 octobre 2011

Merci de tous vos commentaires. Jean-Claude a raison, le cœur se serre dès que le ciel prend sa physionomie du 3 octobre, dès qu'on tombe sur des images d'autres lieux, d'autres personnes qui subissent ce que nous avons vécu ou dont nous avons été de simples témoins.
C'est gravé à jamais.

Écrit par : Philippe Ibars | samedi, 08 octobre 2011

Je me souviens du 3 octobre, j'habitais aussi le même immeuble. Mon mari, photographe, lui aussi, rembobinait une pellicule dans le noir, car malheur, plus de péloche ce jour là. Pas encore le numérique. Nous étions halluccinés tous les 4 à la fenêtre, ce torrent de boue! Un fleuve en furie! Ce défilé de voitures , camions, objets de toutes sortes hallucinant! Un homme qui allait se noyer, accroché à une fenêtre ,j'appelle les pompiers, affollée,"désolés, avec le torrent les bâteaux ne passent pas". puis plus de téléphone, plus rien!La coupure du monde. Heureusement il a été sauvé par des gens qui lui ont lancé une corde. C'était l'apocalipse, et notre petit bonhomme de 17 mois qui en regardant défiler les objets dans ce torrent disait en montrant avec son petit doigt "bâteau, bâteau". le grand plus effrayé ne comprenait pas , heureusement nous étions là tous les 4 à l'abri, mais peur pour mes parents, les nôtres, impossible de se joindre. Puis quand le torrent est redescendu, malgré le courant, impossible de retenir mon photographe, il est parti à la pêche aux images. J'avais peur, j'ai attendu avec angoisse qu'il revienne avec ses forfaits. Et comme il a bien fait de pas m'écouter!
Je me souviens du octobre. de l'angoisse qui me prenait après quand il pleuvait très fort que les enfants étaient à l'école loin de moi. je me souviens du 3 octobre...

Écrit par : cg | lundi, 17 octobre 2011

Oui, le même... Nous prenions le même ascenceur... Nous avons déménagé en 1997, pour habiter un peu plus loin...

Écrit par : lecabour | lundi, 17 octobre 2011

Les commentaires sont fermés.