Dans les Jardins de la Fontaine
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samedi, 23 mai 2009

L'Escolo de la Republica

Escolo 1.jpg

Dans sa dernière livraison, Ulysse nous conte comme il sait si bien le faire sa dernière escapade « En suivant le cours de la Dourbie ».  Il montre notamment une photo d’une école, d’une « Escolo » prise à  « Cantobre, nid d'aigle perché à 100m au dessus du confluent de la Dourbie et du Trévezel »…
Curieusement, je suis allé aussi visiter ce village et j’ai fait à peu près la même photo de cette « Escolo » reconvertie en maison secondaire. Alors, nos deux clichés se joignent pour la perpétuer, cette « Escolo » dont les murs emprisonnent à jamais les cris et les rires des enfants.

Ce qui m’intrigue, avec cette « Escolo », c’est simplement ce nom gravé au-dessus de la porte : «L'escolo ».
Quelque chose ne cadre pas avec ce lieu, quelque chose me dit que l’inscription « Escolo » ne peut pas être d’origine.

Pourquoi ?
Me reviennent alors ces paroles du chanteur occitan Claude Marti, portées par un air durablement gravé dans mes oreilles :
Mas perqué, perqué
M'an pas dit à l'escòla
Lo nom de mon país ?

(Mais pourquoi, pourquoi/ Ne m’a-t-on pas dit à l’école/Le nom de mon pays)

Voilà ce qui « cloche » avec cette « Escolo », c’est ce nom même, dans une langue honnie de la République, langue à tel point méprisée qu’on lui refusa ce statut de langue pour en faire un « patois » archaïque !
Souvenons-nous : la chasse aux « patois » commence à partir de la Révolution Française. La langue est un facteur d’unité nationale et la peur des soulèvements, de la réaction, des conservatismes, de l’ancien régime en un mot pousse les législateurs d’alors à prendre des mesures visant à combattre et éradiquer les patois. Quelle meilleure arme alors que l’École de la République ?

En quelques générations, ce sera fait. Chassés d’abord de la classe au moyen de punitions (le fameux « signal », les corvées, le pain sec, etc.), puis de la cour de récréation par les enfants entre eux, les « patois » quitteront enfin le foyer pour n’y plus revenir.

Alors, qu’une école porte sur son fronton cette inscription « Escolo »  me rend plus que perplexe mais me ravit. Clin d’œil, peut-être, d’un ancien propriétaire qui en a hérité et qui a voulu se « venger » des punitions subies pour avoir lâché un juron, une exclamation, une simple remarque dans la langue du père ? J’aime le croire…

Peut-être qu’un jour futur un photographe saisira sur un fronton d’école dans un village abandonné une inscription étrange : un « School » barré et remplacé par un tag rageur : « École » …

Si l’on accepte l’idée que dans un territoire une langue puisse écraser les autres, on doit alors accepter de voir un jour cette même langue dépérir sous les assauts d’une langue encore plus conquérante…

Escolo 2.jpg

17:25 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : escolo, patois, occitan, révolution française | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

c'est une très belle note Philippe et je souscris à ta défense des langues dites régionales et qui font partie du patrimoine car elles représentent une manière particulière d'appréhender le monde ...j'aime aussi ton hypothèse facétieuse sur l'origine de la faute d'orthographe

et merci pour la mention de mon blog , je vais y faire un lien avec ta note

Amicalement

Écrit par : ulysse | samedi, 23 mai 2009

Cher Philippe, cher Ulysse, ceci peut être vous interessera, je vous signale cet essai:

"Flamenca ou le roman français est né dans la vallée de la Dourbie, essai 1991, Yves Frémion. Ateliers du Tayrac".

Il m'a fait rêver, lors de séjours aux Laupies, j'avais la sensation d'être à la source de notre civilisation.

Flamenca, est un roman anonyme du XIIIe siècle.

Flamenca, fille du comte de Nemours, et femme d'Archambaud, comte de Bourbon-les-Bains, est enfermée sans motif par son mari jaloux, contre lequel mille chansons courent aussitôt. Elle est délivrée par Guillaume de Nevers, et recouvre, on ne sait ni pourquoi ni comment, la confiance d'Archambaud. Ce qui fait l'intérêt de ce roman, ce sont les descriptions de fêtes, qui sont nombreuses, et de précieux détails sur les moeurs du XIIIe siècle; on y trouve une liste très curieuse des romans qui étaient alors en vogue, et dont quelques-uns n'ont pas été conservés. II est écrit dans un dialecte voisin de l'ancien catalan. Il n'en existe qu'un manuscrit, qui appartient à la Bibliothèque de Carcassonne.

Tout ceci est doublement en situation, la langue d'oil qui a donné le français était à l'époque une langue de soudards qui n'écrivaient pas, la belle langue d'Oc était une langue de savants et d'artistes, voyez,chers Ulysse et Philippe comme vous avez eu raison de vous arrêter sur cette escolo.

Écrit par : michel, à franquevaux | dimanche, 24 mai 2009

Comme je le dis à Ulysse, ce mot "l'escolo" est peut-être le signe d'une résistance organisée par les habitants de ce village.

Écrit par : bernard | dimanche, 24 mai 2009

oui, nos langues régionales sont belles, c'est un peu l'âme du pays que l'on a voulu extirper de nos provinces - déjà l'uniformisation ?
- quel beau pied de nez que cette inscription "l'escolo" - serait-ce un lutin facétieux qui nuitamment aurait marqué de son doigt le fronton de l'école pour marquer ainsi que la langue d'Oc est une vraie belle langue élégante qui mérite de s'apprendre aussi à l'école !

Écrit par : denyse | lundi, 25 mai 2009

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