Dans les Jardins de la Fontaine
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samedi, 16 mai 2009

Mais ils le savent, chez Lou Pérac, que t'es pas marié ?

 

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Il est des métiers qui prennent tout à l’homme. Des métiers qui lui prennent ses heures, ses jours, ses nuits parfois, comme les feuilles de papier buvard de notre enfance absorbaient les coulures de l’encre de nos Sergent-Major. Il est des tâches qui absorbent tout, l’identité, la jeunesse et ses rêves, sa part de quêtes et d’illusions.

Les éleveurs de brebis font un de ces métiers qui exigent un tel sacerdoce. Ceux que j’ai vus il y a peu en Aveyron sont d’une étoffe bien plus forte que la rugueuse laine de leurs bêtes. Je croyais  leur métier fruste, d’un autre âge. Les stéréotypes, les clichés, l’imagerie d’Épinal  finissent par nous boucher la vue. J’ai vu des hommes non pas d'un autre mais de notre temps, j’ai découvert un métier très pointu, qui requiert des connaissances, des savoir-faire très complexes dans de nombreux domaines.

Il y a d’abord les bêtes qu’il faut bien sûr connaître, éthologiquement parlant, qu’il  faut soigner, traire, inséminer, faire naître et mourir aussi…
Il faut connaître et semer en conséquence les herbes différentes qui vont les nourrir, graminées, légumineuses, ray-grass d’Italie… prévoir et gérer les stockages des fourrages…

Il y a les machines diverses et complexes propres à l’agriculture, du simple tracteur aux trayeuses automatiques, qu’il faut utiliser, entretenir, réparer… l’ordinateur aussi est là, avec ses logiciels de plus en plus sophistiqués, avec l’Internet qui s’est banalisé…
Il y a le lait, produit fragile, qu’il faut stocker avant les ramassages.

Il y a l’Europe et ses normes draconiennes, sa politique agricole, il y a le marché, les fluctuations, les relations complexes voire houleuses avec les laiteries, les industriels de la fabrication des fromages, il y a les quotas, les aides diverses, tout un univers de calculs, de gestion, de prévisionnels, de plannings, de comptabilité, et ajoutez la météo dont les caprices viennent souvent perturber ces équilibres fragiles.

Alors, me direz-vous, y a-t-il une vie après tout cela ?
Les éleveurs que j’ai vus vivaient correctement de leur métier — même si par pudeur ils n'ont pas évoqué la crise qui les frappe aujourd'hui — dans un cadre magnifique, avec tout le confort moderne et parfois au-delà… mais seuls.

Difficile, en effet, pour une femme — ou pour un homme si la situation est inversée — d’accepter cette vie de contraintes, cette soumission totale aux lois de la nature, de l’animal, du marché… difficile de voir son conjoint tout absorbé par sa tâche et difficile, enfin, de se sentir naufragé dans une île bêlante au milieu d’une mer de prairies.

« Mais ils le savent, chez Lou Pérac, que tu n’es pas marié ? »

Voilà ce que la publicité aurait dû dire !

Voilà pourquoi ce métier qu’on ne peut exercer qu’avec passion n’attire plus les foules.

Voilà pourquoi ces hommes ou ces femmes méritent qu’on les regarde et qu’on les considère autrement.  Et qu’il faut pour cela enlever non la paille de notre œil, si utile au brebis, mais les paillettes qui l’aveuglent. 
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17:15 Écrit par Phil dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brebis, aveyron, élevage, fromage, éleveurs | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

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