Dans les Jardins de la Fontaine
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mercredi, 02 octobre 2013

Mes photos du 3 octobre 1988 dans Midi Libre

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Midi Libre du 2 octobre 2013 : ma photo est celle du haut

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Ici aussi, c'est une de mes photos.

Aujourd'hui Midi Libre a publié un numéro sur les inondations du 3 octobre 1988.

J'avais laissé au journal mes images, sans rien demander en contrepartie, si ce n'est d'en être "crédité", c'est la moindre des choses !

Apparemment, Midi Libre ne reconnaît plus les auteurs des photos qu'on lui remet, la mémoire des inondations lui fait défaut sur ce point au moins !

Alors, je me crédite moi-même...

... et je publie à nouveau la note que j'avais postée lors de la commémoration des 20 ans de cette catastrophe.

 

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Nous n’avons pas souffert lors des inondations du 3 octobre 1988.

Seul notre garage a été inondé. Il contenait hélas tous mes classeurs de négatifs, mes boîtes de diapositives, mes livres, mes revues et de très vieux appareils photographiques, tout cela entreposé dans des cartons, le temps d’installer une nouvelle bibliothèque et de bricoler des étagères…

Bien à l’abri dans notre appartement au cinquième étage d’un immeuble donnant sur le Cadereau, pardon, − l’avenue Georges Pompidou – ma femme, mes jeunes enfants et moi avons assisté en spectateurs incrédules à la violente et soudaine transformation notre avenue en lit de fleuve impétueux. Le débit fut, paraît-il, à l’égal de celui de la Seine à Paris…

Trois anecdotes me reviennent à l’esprit, qui me paraissent significatives :

À l’opposé de notre immeuble, sur notre gauche, nous avons vu un pauvre quidam qui s’était abrité à l’entrée d’une banque au rez-de-chaussée d’une maison, au « rez-de-fleuve » plus exactement…
L’homme qui s’était réfugié là était en grand danger d’être emporté par la violence des flots dont le niveau montait à vue d’œil. Nous avons appelé les pompiers qui étaient « débordés » si l’on peut dire… L’eau atteignait le rebord des vitrines de la banque et l’homme faisait de grands signes désespérés. Nous avons vu enfin quelqu’un sur le toit de la banque, progressant prudemment sur les tuiles, venant malgré les risques évidents se mettre à la verticale de l’homme et lui lancer une corde dont il se saisit alors que l’eau lui arrivait au haut des cuisses.
L’homme s’est sommairement harnaché avec la corde et celui qui était sur le toit hurlait des ordres que le grondement du Cadereau nous empêchait d’entendre. Il a fini par se lâcher car il n’avait pas d’autre solution, il a été happé par le « fleuve » mais nous avons vu la corde se tendre, et celui d’en haut a pu en la fixant à l’angle du toit le maintenir à flot jusqu’à ce que d’autres téméraires sauveteurs, plus à l’abri au coin de la façade d’un immeuble jouxtant la banque, le récupèrent et le dégagent enfin.
Il était sauvé ! Nous avons applaudi, nous avons crié de joie pour lui.
L’après midi, la décrue nous permettant de mettre le nez dehors, je suis allé au bord du Cadereau qui avait perdu comme par miracle une grande partie de ses eaux torrentielles du matin. J’ai entendu des badauds expliquer à d’autres la scène dont nous avions été témoins. J’ai tendu l’oreille, prêt à participer à cet échange, c’est fou ce qu’on avait besoin de parler après ces heures épouvantables.
« Et alors, le type, il s’est lâché, il a été pris par l’eau et la corde a cassé, il a disparu d’un coup, là, devant nous… »
Voilà, la rumeur nîmoise commençait à gangréner les esprits de tous ceux qui, comme traumatisés par l’ampleur du sinistre, n’admettaient pas qu’il y eût « si peu » de morts !

Le soir, l’eau s’était complètement retirée, restaient les plaies béantes du désastre, l’avenue défoncée, les autos encastrées, enchevêtrées, les bâtiments éventrés, la désolation partout. J’étais choqué, comme tout le monde ici, incrédule, abasourdi, désemparé. Je suis passé devant un camion de la Croix Rouge à l’arrêt, chargé de palettes d’eau minérale. Ça tombait bien, l’épicier miraculeusement peu touché était cependant dévalisé et attendait d’être livré. Avec le « déluge », plus d’eau, bien sûr ! Un secouriste m’a tendu deux bouteilles avec un sourire compatissant. J’ai pris les bouteilles et j’ai voulu payer. Refus catégorique ! J’ai alors pris conscience que j’étais pour lui ce qu’on appelle un sinistré, non plus un homme tout à fait normal, un quelconque client qui a des besoins à satisfaire, mais un sinistré, une authentique cible pour l'action humanitaire. Ma condition d’homme à travers son regard, son sourire et ce don venait de basculer !

Le lendemain, en « vrai » client, je suis allé chez mon épicier. Deux vieilles dames chargeaient du sucre, de la farine et de l’huile dans de grands cabas. Les rayons se vidaient à vue d’œil. J’ai souri en pensant qu’elles avaient certainement connu d’autres temps difficiles, les disettes, la privation, le marché noir peut-être... J’ai essayé de trouver un sens à cette insensée razzia. Mais lorsque je les ai entendues éructer, vomir leur bile et leur colère à propos du désastre qui nous accablait, je suis resté stupéfait, interdit, choqué. Me restent en mémoire ces bribes de leur fureur :
« − C’est le doigt de Dieu ! Tout ça, c’est le doigt de Dieu, je vous le dis, c’est le Doigt de Dieu !
− Oui, c’est les jeunes, c’est la faute des jeunes ! C’est la faute à la jeunesse ! Ça devait bien arriver ! »

Ces pauvres dames ne sont peut-être plus de ce monde aujourd’hui. La catastrophe qu’elles avaient vécue, une de plus pour elles, peut-être, avait quelque chose « d’extra-ordinaire », de « surnaturel » ; on a parlé de « déluge », «d’apocalypse », elles n’étaient alors − je le gage − pas les seules à « dé-raisonner » ainsi.
Je leur dédie bien volontiers, près de vingt ans plus tard, à elles et à tous ceux qui ont embouché ces trompettes fêlées, ces quelques propos sur la jeunesse, propos qui témoignent d’une très grande constance dans les jugements des hommes, à défaut d’une très grande intelligence :
Les jeunes d'aujourd'hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler.
Socrate. 470-399 av. J-C
Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être très loin.
Prêtre égyptien. 2000 av. J-C
Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture.
Inscription babylonienne.
Plus de 3000 av. J-C

Alors, en vérité, je vous le dis, si les jeunes d’aujourd’hui sont pires que ceux d’il y a cinq mille ans qui étaient déjà pires que leurs aînés, courons sans plus tarder faire provision de sucre, de farine, d’huile et bien sûr d’imperméables, de bottes et de parapluies !

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On distingue de loin la corde tendue, l'homme sur le toit et ceux qui attendent le "naufragé".

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La même vue, agrandie.

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C'est la tournée du docteur !

La première photo de cette note a déjà été publiée par le Midi-Libre, en poster, et exposée à Paris comme une des photos de l'année par le magazine Photo. C'était à la porte de Versailles, un salon qui allait par la suite se délocaliser pour devenir Visa pour l'image, à Perpignan. Celle du médecin a été également publiée par le Midi-Libre.

Autre note sur ce sujet :http://fontdenimes.midiblogs.com/tag/inondations

21:06 Écrit par Phil dans Actualités, Blog, Images, Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : inondations, crue, 3 octobre, nîmes, apocalypse | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Bonjour,

Nous sommes une association qui travaille auprès des personnes âgées isolées, nous allons à leur rencontre pour recueillir leurs témoignages de vie puis nous rédigeons une revue mensuelle (publiée sur Nîmes à une centaine d’exemplaires). Cette revue regroupe aussi des articles sur des sujets qui intéressent les personnes du troisième âge : notre prochain numéro parlera d'inondation de Nimes et pour l'illustrer, nous souhaitons vous demander l’autorisation de publier une photo de votre site. Nous citerons bien sûr notre source.
Voici l'adresse :http://fontdenimes.midiblogs.com/archive/2008/10/02/3-octobre-1988-a-nimes-20-ans-deja.html

Seriez-vous d’accord …pour notre plus grand plaisir.

Merci de votre réponse sur memoires_-_vives@laposte.net

Sylvie Guiraud, chef de chantier

Écrit par : MEMOIRES VIVES | mercredi, 08 octobre 2008

Je ne peux laisser passer ce numéro spécial sans intervenir.Encore une fois vous faites la part belle aux politiques ou incompétents pour témoigner des inondations.Ils sont restés bien au chaud pendant la crue et sont vite sortis à la décrue.Vous passez sous silence le rôle de ceux qui ont fait quelque choses pendant..La Police ,que le Colonel des Pompiers de l'époque saluait dans un article de Midi LIbre en reconnaissant que même les pompiers n'avaient pu être réactifs que le lendemain 4 Octobre,à l'inverse de la Police qui était sur le terrain dès la première montée des eaux.Le Brigadier Chef Carrasco Alain a été le premier à s'approcher du bus scolaire coincé rue de Verdun,il fut repoussé par les eaux avec sa colonne de flics et ses cordes.L'hélicoptère qui a procédé à son évacuation a été dirigé sur les lieux par moi même..Les premiers morts ont été évacués par la Police et dans les véhicules de Police ,aucune ambulance ne circulant..les premiers blessés ont été recueillis par des policiers à bord de 4X4 qui s'étaient mis à disposition volontairement au Commissariat.Je passe les réquisitions de station service et autre matériels de travaux publiques par les S/B Cognon et le S/B Chaubet...Le S/B Gonnet ,blessé en allant sortir un garagiste brûlé...Je passe sous silence les directeurs et chefs de service qui ont attendus d'être récupérés chez eux par des chauffeurs et qui se sont mis en avant,quittes, avec la complicité tacite du Préfet ,de se partager des décorations dont ils n'ont jamais mérité la première fibre...On peut se poser des questions sur la façon dont l'information est traitée...Rendez à César ce qui est à César: les premiers héros de cette affaire sont les Flics de base du Commissariat qui ,eux , ne se sont pas planqués et ont bougé dès la première montée des eaux...

Écrit par : Vezon Christian (Commandant Honoraire de la Police) | jeudi, 03 octobre 2013

Bonsoir Commandant,

Je pense que vous faites une erreur d'adressage...
Je ne suis pas rédacteur au Midi Libre, je tiens un blog, tout simplement, qui a pour titre "Dans les Jardins de la Fontaine", hébergé chez "Midiblogs", et dont le lien apparaît sur la page web nîmoise du Midi Libre. Coïncidence, je suis l'auteur des photos que ce journal a publiées tantôt. Je notais d'ailleurs que Midi Libre ne prenait même pas la peine d'en mentionner l'auteur, ce qui est peu élégant...
Voilà...
Votre ire, justifiée à ce que je vois, doit viser sa vraie cible, loin des 3jardins de la Fontaine"
P. Ibars

Écrit par : Philippe Ibars | jeudi, 03 octobre 2013

Photos vues et revues mais si impressionnantes. Je n'étais pas à Nîmes mais je garde un souvenir fort de cet évènement. Je travaillais dans un centre de recherche entre Bellegarde et Arles, saisonnière agricole, il avait si plu que la boue nous arrivait aux genoux, nous sortions les récoltes sur le dos et regardions les convois de la Sécurite Civile, des pompiers remonter la Nationale 113, en provenance des Bouches du Rhône, du Var. Après avoir vu les infos le soir à la télé, 25 ans après il reste un désastre inoubliable qui s'est reproduit maintes fois depuis. Aujourd'hui aucune région en France n'a été épargnée.

MT ANDREO jeudi 03 octobre 2013

Écrit par : MT ANDREO | jeudi, 03 octobre 2013

Merci de votre visite.
Je n'aurais pas re-publié ces images, mais le fait que Midi-Libre en a utilisé sans me créditer (nom de l’auteur simplement) m'a poussé à le faire...
Vous parlez des informations vues à la télévision. Nous ne pouvions rien voir, nous, à Nîmes, car plus rien ne fonctionnait hormis la radio. J'ai pris conscience de l'aspect dramatique de l'image avec celles tournées à Vaison la Romaine, quatre ans plus tard. Par ricochet, j'ai alors repensé à ce que nous avions vécu.Dans la première image que je montre, on voit en contrebas une maison avec un volet vert. C'était au début de la vague, l'eau est montée ensuite rapidement au-dessus de la moitié des volets, elle a emporté les cyprès qui se trouvent devant, le lampadaire contre lequel butte une R5 rouge qui a bien sûr disparu. Le débit de l'eau qui coulait sur l'avenue, alors, était celui de la Seine à Paris. Simplement... !

Écrit par : Philippe Ibars | jeudi, 03 octobre 2013

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