Dans les Jardins de la Fontaine
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jeudi, 03 juillet 2008

De la douleur des arbres

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Les Jardins de la Fontaine sont une fois de plus le thème d’un album que je propose.

Je me suis intéressé cette fois aux arbres et surtout à leur douleur, qu’elle soit physique ou morale. Car il arrive aux arbres de souffrir, par notre faute, bien sûr, et ils l’expriment à leur manière.
À force de les côtoyer, de les fréquenter, j’ai pu surprendre des plaintes, des soupirs, des conversations. J’ai traduit quelques bribes de leur sylvestre « parladure », qu’on ne doit pas prendre — comme je l’ai déjà conté dans le Dit de Malebranche — pour de la langue de bois…

Voici :

« — Moi j’ai été planté pour faire de l’ombre aux joueurs de pétanque. Mon tronc tuméfié a bloqué dans leur course les boules égarées et j’ai grandi avec ces marques, ces stigmates, ces horribles bubons…
— J’ai moi aussi ce même anthrax qui couvre mon écorce, et je porte des clous, des crochets, des morceaux de ferraille, patères douloureuses.
— J’en porte aussi, à mon tronc défendant… j’ai essayé, comme les huîtres perlières, d’enrober ces intrus, mais je n’ai réussi qu’à me rendre plus laid…
— Des amoureux ont tatoué leur nom sur ma peau...
— Moi, des cœurs…
— Et moi des initiales…
— Que reste-t-il de leur amour ? Rien, peut-être, mais nous portons à jamais les traces dégradées de ces élans d’un jour…
— Moi, le palmier, je suis toiletté comme un caniche ridicule : taille en marguerite, en ananas… qui me dira comment je suis vraiment, avec mon stipe naturel, paré de toutes mes palmes ?
— Moi j’ai été déraciné de mon Espagne natale. J’y ai vécu des siècles, il me semble, et me voilà contraint de pousser comme ils l’ont décidé, à force de tailles, de fils de fer, de tuteurs… j’étais un utile olivier et je suis désormais un arbre d’ornement…
— Moi aussi, j’ai subi les caprices des hommes. Ils ont taillé ici, coupé là, forcé dans ce sens… à quoi ressemblerais-je sans ce harcèlement ?
— Moi je porte une plaque, matricule 1372… peut-être va-t-on me fusiller contre un poteau… ou contre un arbre…
— Moi je suis très malade… ma robe verte est bien jaune à présent. Je sais qu’ils vont m’abattre. Il n’y aura sur le sol que mon tronc coupé ras, avec pour les curieux le lisible vortex des années écoulées… »


Voilà ce que j’ai entendu, dans les Jardins de la Fontaine.

Demain, après demain, lorsque vous croiserez un arbre, regardez-le autrement, écoutez-le peut-être, ne restez pas de bois…

17:00 Écrit par Phil dans Photos/Dessins | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : arbres | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

Salutations et félicitations, les arbres qui souffrent et le cinéma abandonné, que de douleurs et de joies emmêlées ...

Écrit par : michel, à franquevaux. | samedi, 05 juillet 2008

Au fait,
une route m'a pris,
mais d'où, à où ?

Écrit par : michel, à franquevaux. | samedi, 05 juillet 2008

Les commentaires sont fermés.