Dans les Jardins de la Fontaine
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dimanche, 11 novembre 2007

Le cahier d'Eugénie, fin...

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La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. Paul Valéry


Quatre-vingts ans sont passés depuis qu'Eugénie a commencé son cahier de "poésies". On a du mal à s'imaginer les écoliers d'antan récitant à voix haute après "le chêne et le roseau", "Tu veux savoir, enfant ce qu'est ce monstre, un boche...". Pour faire court et cynique, je dirai que c'était là une étrange méthode "d'ensaignement".
En ce jour de commémoration d'armistice, voici enfin un poème émouvant, à lire à haute voix, avec une pensée pour tous ces enfants de France, d'Allemagne et de tous les pays qui ont pris part à cet horrible conflit et qui sont morts je ne sais pas vraiment pourquoi.
Si vous connaissez Paul Manivet, l'auteur du poème, si vous savez de quel recueil ces vers sont issus, merci de me le dire, j'aimerais bien en savoir plus sur celui qui a su avec autant de douceur mettre des mots sur ces heures si sombres.

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La lettre

C’est l’heure du courrier et de la nostalgie :
Le soir, dans le passé, l’homme se réfugie,
Le canon se repose et la haine s’endort,
Après l’orage on songe à la douceur du port.
Chacun attend le pli magique qui renferme
Un peu de l’air natal qu’on respire en sa ferme.
Pour tous, le vaguemestre incarne le pays ;
Il avance. On accourt, mais que d’espoirs trahis !
Il ne sort de son sac qu’une lettre, une seule,
C’est à son petit fils que répond une aïeule
Et le destinataire, heureux, la prend confus
De son bonheur devant ses compagnons déçus,
L’écarte et loin des yeux jaloux la décachette,
Afin de mieux jouir de sa joie en cachette.
« Allons, dit un loustic, lis tout haut : un moment
Nous aurons le même âtre et la même maman. »
Et la vieille en sa tendre et naïve écriture
Dit le foyer désert, et le champ sans culture ;
La guerre meurtrière est rude aux paysans ;
Sa santé résistant encore au poids des ans,
Et qu’elle se résigne à vivre en solitaire
En songeant que son gars, là-haut, défend sa terre,
Qu’il n’écrit point assez, que quelques mots de lui,
C’est comme si soudain le soleil avait lui
Elle ajoute qu’Alice, hélas moins éveillée
Vient chaque soir passer près d’elle la veillée,
Mais qu’il faut préférer aux amours le devoir
Et la gloire de vaincre au plaisir de se voir.
Les troupiers attendris, oubliant l’heure amère,
Croient revoir leur maison, croient entendre leur mère,
Et cette lettre au ton qui convient, triste et doux,
Adressée à l’un d’eux semble écrite pour tous.

Paul Manivet

02:40 Écrit par Phil dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

Commentaires

merci de nous faire découvrir ce magnifique poème mais je n'ai malheureusement pas d'info sur ce poète que je ne connaissais pas

Écrit par : ulysse | lundi, 12 novembre 2007

merci d'être revenu sur mon blog pour me donner le lien mais il ne fonctionne pas ...peut être est ce passager je réessaierai dans la journée ?

Écrit par : ulysse | mardi, 13 novembre 2007

Je vous propose deux lettres de guerre:

La lettre de Jean Pierre,
Jean Richepin, mise en musique par Xavier Leroux.

Payse j’vous écris sans plume,
Sur un nuage qui passe au vent,
Il vous dira-z-en arrivant,
Que j’pense à vous comm’ de coutume

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

C’est le Roi d’Prusse ou des Autriches,
Je n’sais pas d’où, mais d’à côté,
Qu’est entré chez nous tout botté,
En disant qu’nous étions trop riches.

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

On s’a battu tout’ la journée,
Au son du fifre et du tambour,
Il f’sait plus noir que dans not’four,
Ca ronflait comm’un’ cheminée.

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

On a perdu not Capitaine,
Nos deux lieut’nants, nos quat’sergents,
On a perdu des tas d’brav gens,
Plus d’quatre vingt sur la centaine.

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

Et puis on a t’nu bon quand même,
Pour se r’venger quand on est d’bout,
Et puis pour rester jusqu’au bout,
Dign’ d’être aimé par cell’ qu’on aime !..

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

Moi j’ai l’nez mouché d’une entaille,
Et trois lingots d’plomb dans la peau,
Mais parait qu’j’ai pris un drapeau,
Et qu’nous ont gagné la bataille.

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !

Payse j’en ai l’espérance
Quinze ou vingt ball’s comme’ça dans l’corps
Et vous s’rez si je vis t’encor
La femm’ d’un Maréchal de France.

Ran plan ! plan ! les gas en avant !
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !
Ran plan ! plan ! les gas en avant
J’m’appell’ Jean Pierre et j’suis vivant !


Mon p’tit gars, souvenir,
de Henri Cain, mis en musique par Benjamin Godard

Mon p’tit gars, si nous t’écrivons
C’est pour te redire sans cesse
Qu’nuit et jour à toi nous pensons
Et qu’en rêve en mes bras j’te presse !
Comme une pauvre et vieille maman
Qui s’languit loin de son enfant.
Si tu t’trouvais en grand danger
Songe à la médaille à Marie
Que j’t’ai cousue avant d’te quitter
En dessous de ta buffleterie.

Ces deux brins de jasmin que je mets dans ma lettre
Sont cassés au rejet qui grimpe à ta fenêtre ;
S’ils t’arrivaient flétris, s’ils étaient tout froissés,
Prend les bien doucement touche les de tes lèvres ;
Tu sauras y trouver les baisers pleins de fièvres,
Que ton vieux père et moi venons d’y déposer.

Écrit par : michel, à franquevaux | mardi, 13 novembre 2007

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