Dans les Jardins de la Fontaine
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vendredi, 31 août 2007

Merci à Midi blogs

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Merci à Midi Blogs pour cet article surprise qui m'a propulsé dans un nuage d'où, promis, je vais redescendre bientôt !


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23:10 Écrit par Phil dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 30 août 2007

Le dit de Mâle Branche, version pdf.

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Une version en PDF du Dit de la Mâle Branche peut être téléchargée ici.
C’est une expérience très enrichissante que d’écrire «en direct» un conte dans un blog car bien sûr, une fois jetées les premières lignes on ne sait pas où l’on va !
Jusqu’à la dernière « râtelée », aucune route n’était tracée mais finalement tout prend vie et le personnage finit par exister vraiment.
Je n’avais absolument pas l’intention d’écrire quoi que ce soit en ce mois d’août pour la simple raison que j’étais en vacances, avec mon portable, certes, mais sans internet a priori. Le hasard fait que mon ordinateur s’est automatiquement connecté « à la sauvage », je ne sais où, une connexion non sécurisée sans doute.
En fouillant dans mes dossiers images, j’ai retrouvé la photo de la Mâlebranche et voilà, l’histoire est née.
Le blog est vraiment un instrument générateur de créativité !
Merci d’avoir pris de votre temps pour jeter quelques bienveillantes « œillades » à cette histoire.

08:55 Écrit par Phil dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 27 août 2007

Le dit de Mâle Branche, 10

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Dernière râtelée : Haro sur le conteur !

Un souffle tiède et doux comme une étoffe de grand prix enchemisa Sylvain La Selve. Sylvain La Souche pourrait-on dire désormais...

Hakitène, fidèle à sa promesse d’être toujours là sans qu’il la vît jamais lui parla d’une voix hésitante, s’attendant à quelques reproches prou justifiés :
« Je connais ton histoire, Sylvain, épargne-toi le soin de la narrer pour moi. Petit d’homme tu es, et le monde des bois, monde des peuples intangibles tu viens de découvrir à tes dépens. Pour te consoler un peu et te complimenter, je dois te dire que belle et mâle branche tu es, vêtu de cette écorce…
− Arrête ! J’ai du mal à parler, Hakitène… j’ai la gueule de bois…
− Je vois cela aussi, Sylvain et j’en suis fort marrie pour toi.
− Aide-moi, Hakitène, tu es ma marraine, même marrie et tu m’as fait comme je suis, enfin comme j’étais avant, avant d’être ce quetru en contre-plaqué… Maintenant j’ai la tehon, je me suis fait fucker mortel par Loirine, alors fais quelque chose, je craque, là… »

Sylvain craquait vraiment, le bois dont il était fait à présent gémissait comme gémissaient, avant leur chute, les chênes qu’il avait abattus.

« Ne te tourmente pas, Sylvain, je vais réfléchir à ce que je puis faire… Tu vois, la minuit est passée, nous sommes donc samedi, jour de la suspension des pouvoirs de Loirine qui sera trop occupée à se dérober comme bien tu le sais… Je vais donc essayer une formule magique piochée dans un de ses grimoires…
− Non, non ! Cria Sylvain à gueule fendre, ce qu’il fit un peu d’ailleurs, de la sciure s’échappant de la commissure de ses lèvres de bois. Basta, Hakitène, tu n’essaies plus rien, d’accord ? Plus rien ! Par pitié ! J’ai donné un max dans ce conte à dormir debout ! »

Sylvain ne se contrôlait plus, il écumait de rage… d’ailleurs de la sève perlait à présent le long de son écorce.
« Et puis, ton conteur, là, oui, là, ton conteur, celui qui s’excite comme un malade sur son clavier, le mec AZERTY qu’en vaut pas deux ! Oui, celui qui narre, là, celui qui fait style "plaît-il ? Qui donc me mande, céans ?"… Dès que je peux je lui fume sa race ! Non mais, il se la pète grave depuis le début, à me faire la misère, galère après galère ! Où qu’il a vu ça, ce psychopathe ! Que des quetrus pouraves, il m’arrive ! Bon, oui, Loirine, c’était le pied… mais après ! Voilà comme il me met ! Dans les contes, en général, y’a un truc pas bien, deux trois maxi mais à la fin, ça fait la balle, ils sont heureux et nanana, ils ont des mioches et puis basta ! Lui, c’est que des engatses chaque fois, c’est un dicsa ce mec, oui, un sadique… et attends, comme il se la joue aussi avec ces mots total ringues que t’as pas dans la Rousse ! Et moi, hein ? Comme il me fait causer le 9.3 ! Qu’on me prend pour un chtarbé, un guedin qu’aurait perdu sa camisole ! Des conteurs comme ça, ouam, j’en ai ma claque ! Du bonheur ! Je veux du bonheur ! Que ça en dégouline ! Je veux une nappyiende, j’veux avoir la banane, c’est grave, ça, docteur ? »



Hum… Hé bien… Bon… Donc… Voilà… Certes… Oups !... Sylvain La Selve criait, braillait, pestait, tonitruait. Il était en un mot révolté.

Hakitène de sa bouche invisible lui souffla doucement comme une heureuse vapeur qui le calma un temps.
« Écoute-moi, Sylvain, je vais tout arranger… J’ai compris mon échec, je ne suis bonne à rien, un elfe gourd du cerveau comme disait mon père… Tu sais… Sa voix devenait haletante, trémulante, comme si elle guerroyait pour avoir haute main sur son cœur déchiré…
J’ai voulu que tu sois mon chef-d’œuvre, mon accomplissement. J’ai voulu que de tronc à tronc, de branche à branche, de feuille à feuille, de ramure à ramure un murmure ainsi passe : "Voyez Sylvain La Selve, créature parfaite bien que d’humaine condition, qui désormais sera l’ambassadeur des mondes intangibles. Il est l’œuvre d’Hakitène, grâces lui en soient rendues…" Et j’ai foiré, comme tu dirais… Tout s’embrouille quand je veux opérer… D’ailleurs, si je te suis invisible, la cause en est encore une erreur de formule magique, une de plus ! Mais si ! Combien en suis-je désespérée ! Si tu avais pu voir ma charnelle enveloppe comme les autres créatures la peuvent voir, tu ne te serais mie assoté de Loirine comme tu l’as fait, niquedouille, elle qui n’avait appétit qu’à ton guilleri… et à sa vengeance…. et qui s’est escambillée comme bagasse dès que tu lui as biscotté le téton… Non, si tu m’avais vu comme on me voit ici, c’est bien de moi que tu serais énamouré, mon Sylvain… moi dont la beauté, si j’en crois la rumeur qui court dans les forêts « Pape, Papesse et Papelets damnerait tout à trac »… Je suis triste, Sylvain, tout m’échappe, tout me fuit. »

Sylvain écouta en silence les mots si lourds d’Hakitène, il en eut l’écorce de poule, il comprenait enfin quel noble sens sa marraine à sa vie d’homme avait voulu donner. Et quel désastre il s’était ensuivi.

« Mais, reprit Hakitène, si je ne puis changer ta destinée comme Loirine eût pu le faire car le pouvoir en avait, je puis au moins détricoter cette pelote mal fichue. Si rien ne puis construire, terre brûlée laisserai… Seule je suis à pouvoir défaire ce que j’ai fait. Et je l’ai décidé ! Le cœur me point et me saigne car je signe ainsi à la face du monde qui est le mien ma défaite achevée. »

Elle prit une longue inspiration, ferma les yeux, ce que Sylvain ne vit, bien sûr, et détacha clairement tous les mots qu’à voix haute elle prononça :
Par mon pouvoir, Sylvain, tu vas t’en retourner en ta chaumine. Le cou de Sylvia serreras comme tu le fis jadis, avec les conséquences que l’on sait, mais cette fois, douce caresse sera et ta vraie vie vivras… »

Elle baissa la voix. La forêt murmurait son dépit.
« Laissez-moi donc ce pouvoir qui me reste ! Vous n’avez rien compris !… Adieu, Sylvain. Adieu et à jamais... Parfois, un souffle bon, tiède et doux, t’enveloppera et tu ne sauras pas pourquoi. C’est Hakitène, qui, près toi, soupirera...»


Ainsi fut fait.


Dans la chaumine des La Selve, le feu dans l’âtre ronronnait. Yvon était à la futaie avec sa cognée neuve, son hermine et son cotel. Le soleil de dix heures glissait quelques rayons par le chambranle de la porte entrebâillée. Aussi bâilla Yveline qui s’éveillait d’un mauvais rêve. D’un affreux cauchemar, pour dire vrai. Elle regarda le berceau. Les bessons gazouillaient. Sylvain caressait le cou de Sylvia qui battait des menottes tant heureuse elle était. Yveline s’approcha et les sépara avec une infinie douceur.
« Regardez-moi ce petit monstre qui va tordre le cou de sa sœur ! Sens-tu au moins ta poigne, petit diable ? Terrible bûcheron feras, mon Sylvain, beau et grand boquillon doué de force herculéenne, et même héraclésienne !»

Elle dégrafa son corsage et installa les enfançons sur ses genoux, chacun à son téton qui fut happé gloutonnement. À cet instant entra Yvon La Selve, sueux, les bras chargés de fagotins pour la flambée et de falourdes pour le pot. Le beau spectacle offert par Yveline et les jumeaux l’attendrit tant que des larmes lui coulèrent sur les joues. Mais Yveline ne les vit point qui le houspilla comme une harpie acariâtre :
« Que diable fais-tu là à m’espincher tout ébaubi ? L’ouvrage est terminé ? Fainéant que tu es ! Crois-tu que je vais pouvoir cuire ton pot si tu n’apportes rien pour le remplir ? Peut-être même fais-tu faire ta besogne par quelque innocent que tu épuises et que tu robes ! Vaunéant que tu es !»
− Mais, Velinette, coupa Yvon tout surpris de cette scène, pourquoi me bats-tu froid ainsi ? Je suis honnête boquillon, tu le sais, bon père et bon mari… pourquoi me battre froid ?
− Je ne sais, avoua Yveline, sans adoucir sa voix, mon cauchemar, sans doute… mais comme dit l’adage, dans les parages : Bats froid à ton homme quand et quand, si tu ne sais pourquoi, lui bien le sait. »

Voilà, mon conte est terminé, il a coulé comme la Loire car à des princes je l’ai dit…

Mais tout penaud est le conteur car de sa véritable fin il est frustré par la révolte de Sylvain. Tout cela pour revenir dans la chaumine des La Selve et refaire le coup des enfants qu’ils eurent et du bonheur qu’ils vécurent ! Diantre, c’est d’un commun !

Et la Mâle Branche, alors, me direz-vous ? Oui, la Mâle Branche ? Si mon histoire, par le pouvoir d’Hakitène fut tout à plein anéantie, puisque Sylvain sans façon redevint enfançon, alors, quid de la Mâle Branche ?

Je l’ai bien vu, pourtant, de mes yeux vu, cet arbre mystérieux, sylvestre éphèbe perdu dans une forêt sombre et profonde, près du Gerbier de Jonc, là où la source prend sa Loire… Je l’ai bien vue, la Mâle Branche et je vous l’ai montrée à chaque râtelée !

Qui me dira alors d’où vient la Mâle Branche ?

Qui me dira ?

En attendant, si mon conte est vraiment achevé, je vais le replacer sous l’arbre où je l’avais trouvé…


Fin

Philippe IBARS

23:05 Écrit par Phil dans Contes et légendes | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |