Dans les Jardins de la Fontaine
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mardi, 21 août 2007

Le dit de Mâle Branche, 8

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Huitième râtelée : Loirine en sa natureté.

Guidé par la boussole de son infuse science il approchait du but et le savait. Curieusement d’ailleurs, la forêt qu’il dut à nouveau pénétrer s’était prou accoisée. Oubliés pièges et chausse-trapes, ruses et embûches de bûches. Il avançait tout assouagé, sentant d’instinct qu’il n’aurait à pâtir d’aucun attentat. Les paroles d’Hakitène lui revenaient souvent comme douce berceuse : Sois patient, observe, écoute tous les jours la nature : une vapeur légère, une écume soudain jaillissante, un bref bruissement de feuilles qui s’envolent, un murmure discret, un soupir ou une mélopée… Tu finiras par la voir, sous quelle apparence ne sais, mais elle saura que tu es là...
Il observa, il écouta, il huma, il fut patient.

Il se couchait le plus tard possible, sur lit de feuilles ou de mousse, pour déceler le moindre signe, et dès potron-jaquet se tenait aux aguets.
Vigilante vigie, il observait, il écoutait, il humait, patient il était.

Il fut récompensé.

C’était un jour d’été brûlant, d’aveuglante lumière. Le soleil de midi majestueusement ardait, clé d’or d’une céruléenne voûte. Dans un silence étrange, une voix suave, gaie et lointaine, se fit entendre à peine. À pas lents et muets, rampant quand et quand dès qu’il était à découvert, Sylvain La Selve remonta la source de cette envoûtante mélopée. Cela venait, semblait-il, d’une rivière qui paressait en son lit méandreux bordé d’humbles saules, d’aulnes et de peupliers.

Cela se précisa.

Elle se baignait au mitan du cours d’eau, laissant flotter à la dérive sa longue chevelure d’or. L’eau calme, assez, et limpide tout à fait, faillait à faire un paravent à la vision d’un corps parfait qui se mouvait gracieusement. Elle était nue.
De ses lèvres de carmin s’échappaient harmonieusement les notes douces, irrésistibles, qui Sylvain avaient aimanté. Elles disaient l’amour, la joie de vivre, elles disaient le bonheur d’être deux et de s’abandonner…

« Waouh ! La meuf que je te chouffe, là, pensa très fort Sylvain, tapis derrière la verte tignasse d’un saule. Comment qu’elle est top canon, la bombax ! »
Et il se mit à fredonner à l’unisson puis gaiment en canon la chanson du « canon », la chanson de Loirine bien sûr, puisque Loirine c’était, et le lecteur l’avait compris...

Loirine tout soudain s’interrompit et feignit la colère :
« Qui donc vole mon chant ? C’est grande faute que de rober la chanson d’une fée ! Et qui va me la rendre à présent, ma chanson envolée ?
− Heu… c’est moi, répondit tout penaud Sylvain en ouvrant de ses mains le rideau vert qui cachait son visage. Je… je vous ai pas calculé, m’dam’, je veux dire, j’ai pas maté comme un malade… c’est la chanson qui m’a poussé vers là, je suis paumé de chez paumé dans la cambrousse, j’suis pas du bled, heu… du coin et…
− N’use donc pas ta langue, Sylvain La Selve, elle est déjà fautive du vol de ma chanson et pour elle j’aurai autre usance tantôt… Je te connais, Sylvain La Selve, je sais tout de ta vie. Je sais pourquoi tu es ici…
− Alors vous pourriez arranger mon destin ? Hakitène m’a dit…
− Tatata… Sylvain La Selve, coupa Loirine d’humeur soudain escalabreuse. Après avoir chanté l’amour je vais te chanter pouilles si tu poursuis sur cette note ! L’Elfe Hakitène ! Parlons-en… ou plutôt n’en parlons pas… encore ! L’Elfe Hakitène est d’essence ordinaire, mon pauvre Sylvain La Selve ! Je t’en dirai ma râtelée bientôt et comme je la connais, je suis bien assurée que ses oreilles bouchera tant sifflantes seront… »

Puis elle s’accoisa. Sur ses lèvres si bien ourlées vint se poser à nouveau un large et franc sourire. Elle plongea deux yeux gourmands dans les yeux de Sylvain. Il en fut tout ému et tout émoustillé, rougissant comme mignote effarouchée. Elle nagea jusqu’à la berge.
« Donne-moi ta main, beau prince, aide-moi à sortir de cette eau qui s’est prou rafraîchie. »

Il l’aida.

Hors de son bain Loirine apparut dans son époustouflante natureté. Son corps était d’albâtre, ferme et lisse sa peau mouillée, et des myriades de gouttelettes d’eau glissaient irrésistiblement, comme vaincues par tant d’émerveillable perfection… Elle ne lâcha pas la main de Sylvain. Elle l’entraîna sous la feuillée d’un saule. Là étaient ses habits, sur un grand drap de soie cramoisie, ainsi que sa baguette magique. Elle le fit s’asseoir et s’assit en tailleur face à lui. Il était tout trémulant et suant… Elle prit la baguette magique et s’amusa à dessiner d’invisibles esquisses sur son corps d'éphèbe dont elle devinait la force derrière la vêture. Quelques minutes passèrent ainsi et monta le désir…

« Vois-tu, dit-elle riant, on dit des fées qu’elles tiennent leur pouvoir de leur baguette… ce qui est vrai, bien sûr… et des hommes l’on dit (elle pointa ses braies) qu’ils tiennent leur pouvoir de leur braguette… ce qui est faux, bien sûr… »
Sylvain était écarlate derechef, comme le drap de soie ; aucun son ne sortait de sa gorge tant le fascinait le corps de Loirine et le troublait sa voix…

« Allons, mon beau Sylvain, Hakitène de toi un homme n’a pas fait tout à fait, un homme comme fées aiment tant qu’ils soient faits… Je vais comme l’on dit ici te déniaiser un peu, pour ton bien et pour mon bon plaisir… »

Elle lâcha sa baguette, se lova contre lui, ôta un à un ses habits. Quand il fut tout déshabillé, elle le couvrit de ses baisers…

Au loin les oiseaux gazouillaient, sur l’eau les carpes bondissaient, bramait un cerf dans la forêt… et grande diversion faisait le conteur, le temps que les amants lascifs se lassassent de s’enlacer et que s’apaisassent leurs déduits...

Le lendemain, à la pique du jour, sous la ramée, Loirine se vêtit et sa baguette prit.
Sylvain était nu sur la soie rouge et ronflait béatement, un sourire angélique flottant sur ses lèvres entrouvertes.

Loirine jeta sur lui un regard amoureux puis tout soudain eut un rictus effrayant qui déforma ses traits :
« Sylvain La selve, il est temps à présent de rendre certains comptes… »

09:10 Écrit par Phil dans Contes et légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

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