Dans les Jardins de la Fontaine
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samedi, 11 août 2007

Le dit de Mâle Branche, 5

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Cinquième râtelée : Travailler plus pour gagner plus...

Yvon la Selve oyant cette incrédible râtelée pensa qu’il s’était accointé d’un démoniacle atrabilaire souffrant d’un vice de cerveau mais qui pourtant en savait prou sur toute la famille. Il essaya de prime de toucher sa raison et de savoir d’où lui venait tout ce savoir.
« Mon bon moussu, j’ai deux enfantelets, deux plaisants bessons qui s’appellent Sylvain et Sylvia et qui sont nés même jour, comme tous les jumeaux, jour dont je ne me ramentois plus, il y a deux ans, c’est sûr, car nous allons bientôt fêter leurs Pâques annotines. Mon épouse Yveline se nomme, comme vous l’avez dit, et vous avez ce me semble son âge… »
Sylvain n’entendit pas la suite. Il se testonnait le cheveu comme pour mieux penser. C’est vrai qu’il n’avait pas envisagé cette nouvelle fratrie… et c’est vrai que sa mère, plus jeune que son père, pourrait être sa sœur ! Trois années avaient donc passé ! Trois ans qui avaient suffi pour qu’une neuve marmaille folâtrât dans le pré. Il n’avait pourtant dormi qu’une nuitée dans l’antre d’Hakitène… Nonobstant, sa nycthémère mue avait duré plusieurs années ! Mais que sont trois années pour une elfe éternelle ? Hakitène avait celé cela. Trois ans ! Il était donc plus vieux que ce qu’il apensait, point cependant assez pour qu’on croie à son âge ! Mais son père ? Mais sa mère qu’il voulait tant revoir ?
Il regarda Yvon, l’air ému :
« Bon, c’est un truc de ouf mais faut que tu ouvres un max tes esgourdes. Voilà, t’es mon daron, mon ronda, mon reup, mon père, mon vieux, mon papa, celui qu’a pas mis sa potca pour pécho Yveline qu’est ma daronne, ma reum, ma meureu, ma mère, ma maman à moi ! J’ai trois ans et je fais pas mon âge, ça c’est à cause d’Hakitène, l’Elfe Hakitène qui m’a sorti du bain parce que oui, vous avez pas été cool sur le coup, vous m’avez balancé dans la Loire y’a quelques jours à peine, enfin non, c’est plus ça, ça fait trois ans puisque j’avais un an quand j’ai serré le quiqui de Sylvia que j’adorais grave ! Et vous, hein, vous avez remis le couvert et refilé nos blazes aux deux mioches de deux ans que j’ai vus tout à l’heure… Bon, j’arrête, je veux revoir ma mère, c’est tout, allez, ziva, sois cool, j’la kiffe à donf ma reum à moi ! »

Si son outre est de vide rempli, se dit Yvon, oyant les coquecigrues du bec jaune, il y a dans ce fatras de paroles des mots comme « Loire », comme « bain », qui dérangent prou la conscience... D’un autre côté, même en proie à ces dérèglements, ce galapiat est d’une force et d’une habileté qui force pécunes pourraient bien rapporter… sans forcer.
« Holà, mon bon moussu, je n’entends toujours rien à votre parladure et je suis apensé que de loin vous venez… Peut-être êtes-vous de ma descendance, comme vous le prétendez… J’ai besoin cependant de temps pour m’y accoutumer. Et je veux bien accéder à votre pressante requête concernant mon épouse Yveline mais il faudra idem patienter quelque peu… Adonc si vous voulez gagner notre affection, gagner notre amour, oui, gagner notre amour paternel, maternel et éternel, et de cela je suis acertainé, il faudra le montrer au labeur, comme tout fils aimant. Il faut donc travailler plus pour gagner plus, c’est un adage de chez nous qui je le crois connaîtra bonne fortune. Si vous… si tu veux donc, mon bon filhot, gagner…
− Tu as dit « mon filhot », « mon filhot », c’est trop la balle…
− Oui, bon, pense à travailler plus pour gagner… Alors voilà, toute cette futaie de plus de cent pièces sera par ta hache abattue, équarrie, empilée sur le bord du chemin, enfin évacuée à pleins charrois par les débardeurs que pour cela je manderai. N’oublie pas, la besogne abattue, de ressapper les souches trop hautes et de les rempietter. Je veux qu’une autre futaie puisse croître aisément pour remplacer icelle. Tu pourras dormir la nuit venue dans une cabane de ramée dont j’ai jouissance, au fond du bois. Je te porterai du pain, une miche pour sept journées d’ouvrage…
− O.k c’est toi le boss, tu seras fier de moi. »

Sylvain salua son père qui s’en alla prestement, le regarda s’éloigner un moment puis empoigna sa hache. Il fit courir un doigt sur le tranchant : elle était affutée comme neuve cognée… Il pensa fort à Hakitène et se mit à sa tâche. De loin on entendit jusqu’au soir des coups secs et réguliers suivis quand et quand du grand fracas de la chute d’un arbre.

La nuit venue il s’affala dans sa tanière, recru de fatigue, rêvant à sa mère qui le prenait dans ses bras et lui couvrait la face de mille claquantes poutounes. Une cohorte de lutins, gnomes et farfadets veillèrent sur ses songes. À la pique du jour cette gaillarde garde s’égailla non sans avoir rangé, réparé, embelli la tanière, laissé force provendes, vêtures et quantité d’eau claire. Sylvain se leva d’un bond, la fatigue s’était tout à plein dissipée, il était propre et lisse comme un teston tout neuf. Il mangea prou en picorant dans son pochon sans s’étonner qu’il fût plein à nouveau, il empoigna sa cognée qui était neuve derechef et vit près d’elle un étui de cuir finement ouvragé qui contenait un beau cotel dont l’alumelle étincelait. Une herminette émoulue complétait l’outillage. Il prit son bien et s’en alla vers la futaie.
Son père l’attendait à l’orée du bois, près de la futaie, de peur que l’idée ne lui vînt d’aller vers la chaumine.
« Je te souhaite le bonjour, mon fils, je vois que tu es frais et bien rebiscoulé, et tu as bien affûté ta cognée ce me semble. Bien tu as fait car tu as du labeur, et comme dit l’adage par chez nous, cognée bien affutée décime la futaie… »

Et passa la journée. À lui seul Sylvain abattit force chênes suant d’ahan mais toujours vigoureux. Il ne se contenta mie d’aligner sur le chemin les grumes équarries, il pensa à sa mère et prépara des fagotins pour qu’elle allume sa flambée, des falourdes pour qu’elle cuise son pot et réchauffe ses petons. Il prit même le temps, avec son beau cotel, de tailler pour son père moult et moult cure-dents…

Un pied plat d’un proche hameau vit Sylvain à sa tâche et s’avança vers lui pour clabauder un peu. Sylvain noulut laisser ni cognée ni labeur mais lui parla de gente mais étrange manière, comme bien lecteur sait, juste assez pour que notre maroufle s’en aille en catimini dire à la cantonade qu’il avait encontré un géantin boquillon à qui le bon dieu avait baillé force vigueur et belles membratures mais omis de garnir la cervelle.

Le lendemain, au grand dam de son père, quelques mignotes pimplochées, francs bélîtres et coquefredouilles vinrent se trantoler vers la futaie pour encontrer le tant terrible bûcheron à la cervelle dégarnie. Il n’y eut de bachelette qui ne jeta des œillades gourmandes sur le biau damoiseau de bois vert, soupirant à penser que ce tombeur de chêne était peut-être aussi un abatteur de bois, ce qui en ces contrées veut dire un vigoureux amant… Les hommes quant à eux, ébaubis du travail accompli, soupiraient en comptant les pécunes qu’Yvon allait tirer de l’innocent qui « père » l’appelait. À la parfin dans tout le voisinage on ne parla que de cela et le quatrième jour, arriva sur les lieux qui devait arriver : Yveline la Selve…

11:45 Écrit par Phil dans Contes et légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

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