Dans les Jardins de la Fontaine
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mercredi, 08 août 2007

Le dit de Mâle Branche, 4

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Quatrième râtelée
Le retour de Sylvain

La nuit tomba. Une cohorte de lutins, gnomes et farfadets, par Hakitène mandés veillèrent sur Sylvain béatement ocoucoulé dans les bras de Morphée. À la pique du jour cette gente brigade prestement s’évanouit dans les fourrés alentour. Sylvain s’éveilla, rebiscoulé sans le savoir de son grandissement véloce mais combien épuisant. Il vit qu’il était dans l’accul sombre d’une grotte garnie de force victuailles, de peaux de bêtes et d’outres pleines d’eau. Il trouva à ses pieds une cognée dont le biseau brillait comme la lame d’une dague d’argent et une lettre à lui adressée. Il lut puisqu’il savait, sans savoir qu’il savait. Hakitène lui narrait sa vie par le menu, ses jeux sororicides, ses parents chagrinés, son séjour sur les eaux, son enfance abrégée et ses capacités… Elle serait toujours là sans qu’il la vît jamais, s’il requérait son aide. Mais attention, elle n’était qu’elfe et d’autres créatures, comme les fées, possédaient des pouvoirs bien supérieurs aux siens. Qu’il gouverne sa vie, prenne les rênes de sa fortune à présent, car homme il était et parmi eux devrait pour toujours rémanoir. Elle lui offrait une cognée car, fils de bûcheron, boquillon serait donc, au moins de prime pensait-elle…
« Waou, pensa Sylvain en s’habillant car vêture il trouva au bord de sa couche, elle est cool cette meuf, un peu ouf mais relax, j’ai quand même eu du bol d’être tombé sur elle ! » Il mangea derechef car il noulut partir la panse vide. Dans son esprit les idées s’éclairaient comme grandes flambées. Il prenait peu à peu possession de son corps, de son âme, il réfléchit à ce qu’il allait faire.

Après moult pensements, francherepue et pandiculations diverses pour bras et jambes délier, il décida de se mettre en chemin. Hache sur l’épaule, pochon de provendes en bandoulière, il sortit de son antre. Tristeusement assez il regarda une dernière fois sa tanière mais son destin était ailleurs tracé, et longue et cahoteuse la route serait.
Ainsi partit sans trantoler Sylvain la Selve, biau et solide gaillard de quelques mois à peine, à travers laies, brandes et sentes, sans faire malencontre et sans jamais plus d’une nuit interrompre sa course. Il avait calculé selon la position des astres, la mousse autour des arbres, les ombres projetées, vers où se diriger. Hakitène si bien avait garni ses mérangeoises qu’il pouvait ainsi user tant de sa force émerveillable que de ses raisonnantes facultés grâce auxquelles il allait aisément dans les tréfonds de ce qui pour les hommes de son temps n’étaient qu’abîmes imperscrutables.

Il chemina, donc, toute une lunaison, vers une seule direction. Mais comme les pas de Sylvain, le conte ici se presse prou et nous voilà soudain tout près du but, à moins d’un demi-quart de lieue de la chaumine des la Selve.
Elle était tapie au mitan d’une plaisante closerie dans laquelle une chèvre assez maigre broutait, deux enfançons jouaient, coquard, gallines, gélines et gallinettes caquetaient et piaillaient, et poussaient bonnes légumes. La cheminée fumait, et dans le ciel lentement montaient des écharpes blanches de vie paisible, humble et douce. Un chien grogna. La basse-cour s’accoisa tout soudain et les enfants se pelotonnèrent. Sylvain s’éloigna. Il alla vers les bois, s’enfonça, adonc guidé par des ahans et des bruits secs qu’un écho prolongeait. C’était Yvon la Selve, à la peine, seul contre un chêne d’au moins quinze pieds de haut et large d’une demi-toise. Lorsqu’il vit le damelot bien basti avec sa cognée à l’épaule, il le héla.
« Holà, gaillard moussu, viens t’en donc par ici me bailler une franche épaulée, on s’ra point trop de deux pour abattre ce chêne ! »
Sylvain s’approcha et cracha dans ses mains.
« Bouge pas, daron, tiens-toi peinard en attendant, je vais te jouer avec ce chêne un remake de massacre à la tronçonneuse
−Tudieu ! j’entendons rien à ton abstruse parladure mais tu m’as l’air d’être un fiéffé boquillon ! »

Sylvain fit le tour du chêne, regarda les blessures infligées par la hache d’Yvon, fit une moue dubitative. Il observa alentour les baliveaux qu’il noulait abîmer. Il calcula ainsi le meilleur axe pour la chute, dégagea le pied de l’arbre pour l’entailler à fleur de terre, puis il cogna à grand ahan. Aux coups de cognée qu’inlassablement il portait finirent par répondre les échos de la plainte du bois. Cela craquait de plus en plus. « Timber ! » hurla Sylvain sans savoir le pourquoi de ce cri. La grume s’affala dans un ultime gémissement et la terre un instant trémula.
« Corne bouc ! Es-tu point un abatteur du diable ? Quelle besogne en rien de temps ! »
Mais Sylvain n’oyait point son père ébaubi qui prou s’était apparessé pendant le labeur de son fils. Le chêne à terre fut en un tournemain écimé, ébranché, prêt pour l’équarrissage.
« Ventre-dieu qui es-tu à la parfin ? À vingt lieues à la ronde il n’y a homme ni bête qui pourrait accomplir une once de ce que tu as fait ! Cherches-tu du labeur ? »
Sylvain posa sa hache, tout sueux mais avec de force assez pour abattre tous les arbres de la futaie.
« Mon blaze est Sylvain la Selve, je suis ton fils, fils d’Yveline et frère de Sylvia que j’ai tuée accidentellement… »

15:40 Écrit par Phil dans Contes et légendes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

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