Dans les Jardins de la Fontaine
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mardi, 31 juillet 2007

Le dit de Mâle Branche, 1

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Point d’album pour ce retour mais une étrange photo prise près du Mont Gerbier de Jonc, là où la source prend sa Loire… ou le contraire.
Étrange image qui un conte m’inspire et que je livre ici, plaisante gageure, au fur et à mesure, je vous le jure, de son écriture…
Voici donc,

Le dit de Mâle Branche

Première râtelée : Sylvain en son berceau de Loire

Il y avait dans une forêt sombre et profonde près du Mont Gerbier de Jonc – là où la source prend sa Loire – un terrible bûcheron nommé Sylvain par ses parents Yvon et Yveline La Selve et renommé pour sa force herculéenne. Héraclésienne, devrait-on même dire, à condition qu’existât cet adjectif. Mais dans un conte tout est possible et les mots comme nous l’allons voir peuvent aussi naître par enchantement...
La force de Sylvain était telle qu’au berceau, déjà, il avait tordu de ses petites mains potelées le cou laiteux et délicat de Sylvia, sa sœur jumelle, qui, d’épouvante, en oublia, de respirer...

Furieux et horrifiés, les parents du petit monstre décidèrent d’aller dans la forêt sombre et profonde près du Mont Gerbier de Jonc, la où la source prend sa Loire, et de l’y abandonner dans un panier d’osier, comme cela se fait parfois dans les contes.
« Que la Loire qui prend source en ces lieux prenne aussi l’infâme enfantelet et qu’elle en fasse ce qu’elle vouldra, peu va nous en chaloir désormais tant inapaisable est notre douloir et notre ire si grande. » Ce disant, ou à peu près, le père éploré et la mère timorée jetèrent uniment le panier dans lequel ronflait bruyamment le bébé souriant. Sans plus se retourner ils dévalèrent prestement la pente à l’opposé de celle que la Loire empruntait chargée de son plaisant fardeau.

Personne dans le hameau ne sut jamais ce qui s’était passé, et onques nul quidam ne posa de question lorsque douze mois plus tard les deux jumeaux tout goulûment tétaient encore aux mamelles d’Yveline, deux semblables bessons, beaux et babillards, dont elle fut grosse derechef, savons-nous, sitôt le forfait accompli.

Qu’advint-il de Sylvain le maudit ? Loire en sa tumultueuse fuite entre Devès et Mézenc, avant de s’assagir vers l’entrant du Puy, a-t-elle, en ses galets innumérables, poli le polisson pour le punir de sa garrottante galéjade ?
Que nenni ! Le conte ici s’achèverait et le conteur contrit rendrait au passant ses oreilles et compterait chiches clicailles…

à suivre...

08:00 Écrit par Phil dans Contes et légendes | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 20 juillet 2007

Les gens de dos

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Il y a en ces temps de vacances plus de trafic sur nos routes ensoleillées que sur nos blogs assoupis.
Je vais à mon tour mettre deux parenthèses à mes occupations cybernétiques pour rejoindre la horde des oisifs de la fameuse charnière « juillet-août ».
Les quelques images que je mets en ligne avant mon escapade illustrent de près ou de loin une réflexion en cours sur les traces visuelles que les photographes − français notamment − vont finir par ne plus laisser de leurs propres congénères. Le syndrome du droit à l’image a pour conséquence un certain appauvrissement culturel que l’on mesure déjà lorsque l’on constate la floutomanie ou de dos-manie généralisée (les néologismes sont de moi…) dans l’univers des médias. Les meilleurs clichés montrant des gens, tout simplement des gens, viennent désormais de l’étranger.
Deux fois récemment j’ai été empêché de prendre des photos dans l’enceinte de la Coupole des Halles, à Nîmes. Même chose dans la gare de cette même ville. L’expression qui revient le plus souvent est « droit à l’image », « propriété privée », « atteinte à la dignité de la personne », etc.
J’ai assisté récemment au vernissage d’une exposition d’Andres Serrano à la Collection Lambert d’Avignon. Cet artiste américain de renommé internationale a portraituré tous les sociétaires de la Comédie Française dans son style bien à lui, montrant au-delà de l’image que chacun veut donner de lui-même toute l’humanité dont il est malgré lui dépositaire. J’ai parcouru les cinquante expositions que proposent les Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. C’est magnifique. Des images de l’Inde, de la Chine notamment. Des images qui sont des gestes artistiques en même temps que des miroirs humains, terriblement humains. J’ai revu à travers l’exposition sur les soixante ans de l’agence Magnum l’œuvre inestimable des Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, Lise Sarfati, Stuart Franklin, Martin Parr, Abbas, Depardon, Le Querrec, Barbey, Burri, Smith, Riboud, Erwitt, etc., etc., pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit.
Que montrent tous ces artistes ? L’humain, toujours l’humain, dans son cadre de vie, de souffrance, de lutte, de bonheur…
Martin Parr, mentionné plus haut, célèbre photographe anglais de l’agence Magnum a laissé tomber son projet de réaliser Think of France à la manière de ses précédents Think of England et Think of Germany. Il déclare à un journaliste de Réflexe Numérique de mars 2007 : « Photographier en France, c’est devenu une activité illégale et je préfère ne pas être poursuivi. La France est extraordinaire car on sait combien ce pays adore et soutient la photographie. Pourtant, c’est le seul pays au monde où il est illégal de photographier des inconnus sans avoir d’autorisation signée. Cette contradiction est incroyable. » Le journaliste commente à son tour : « Il a raison de taper sur nos inconséquences. Photographier dans l’espace public en France est devenu mission impossible. Dans la moindre campagne, dès qu’on sort un appareil un peu pro, on entend violemment ‘‘Et, mon droit à l’image ! ’’En attendant que ce droit soit clairement restauré, il ne nous reste plus que l’autocensure. »
Voilà, en guise de contribution à ce débat un petit album d’une quarantaine d’images de « gensdedos », piochés dans mes dossiers… Tiens, dos, dossiers… dos…sieste… allez, à bientôt, c’est les vacances !

16:15 Écrit par Phil dans Photos/Dessins | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 12 juillet 2007

Motocyclettes...

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Avant de pouvoir se payer une voiture d’occasion, mon père possédait une moto, une Terrot ou une Peugeot, je ne sais plus, pas bien grosse certainement, mais que la loupe de mes yeux d’enfant a fait grossir dans ma mémoire. Je le revois, l’hiver, bourrer sa chemise de papier journal avant d’enfiler son pull et sa canadienne, je nous revois, mon frère et moi, à califourchon sur le réservoir du métallique et pétaradant pur sang, hilares, oreilles au vent, heureux et fiers d’atteindre au moins les cinquante kilomètres heure.
Plus tard j’ai regardé avec envie les belles Japonaises déferler sur la Côte Vermeille, quelques Anglaises aussi, des Norton ou des Triumph. Rarement des Américaines.
C’est adolescent, à Nîmes, et par le cinéma, que je les ai vraiment découvertes, les grosses cylindrées américaines, les Harley-Davidson bien sûr. J’avais lu en cachette La Motocyclette, d’André Pieyre de Mandiargues, poète et écrivain sublime, d’origine nîmoise qui plus est, et lorsque j’ai pu voir enfin le film que Jack Cardiff en avait fait en 1968, avec Marianne Faithfull chevauchant une magnifique Harley-Davidson Electra Glide et Alain Delon, chevauchant les deux – comment le dire autrement ? – j’ai pris une sacrée dose de trouble, d’émois que Sigmund Freud, Foucault et Lacan réunis expliqueraient facilement, sans doute, et tout à fait uniment.
À la même époque, Denis Hopper et Peter Fonda, avec Easy Rider traversaient sur leurs choppers Harley une Amérique ankylosée comme on traverse un banquet assoupi en renversant la nappe et la vaisselle.
Très récemment enfin je me suis laissé « embarquer » sur la Poderosa, Belle Norton 500 – une Anglaise, cette fois – du Che Guevara dans les Carnets de voyage (The Motorcycle Diaries) de Walter Salles.
Je n’évoque ici que trois films que j’ai beaucoup aimés pour diverses raisons, mais combien d’autres scenarii ont fait de la moto un personnage à part entière ?
C’est que la moto a toute sa place dans la mythologie moderne. Elle dit la solitude, l’individualisme mais aussi le groupe, la bande voire la horde sauvage, la liberté, la rébellion, la transgression mais aussi la loi et ceux qui la représentent, l’amour, l’érotisme, la violence et la passion… Elle est en somme un mythe commode, nécessaire après le déclin du cheval dont elle est devenue le moderne substitut, dont elle assume désormais l’héritage fantasmatique, symbolique et stéréotypique.
Qui la remplacera demain ? Star Wars, avec le Barc speeder, revisitait le mythe. De submersibles chevaliers sillonnent désormais les vagues de l’été sur des jet-skis cacophoniques…
Ce qui est sûr c’est que l’homme et la femme auront certainement besoin encore et pour longtemps d’un engin, d’un instrument, d’une prothèse mécanique, biomécanique, concrète, numérique et/ou virtuelle pour incarner et exprimer intensément cette part d’ombre trouble qui est en eux mais qui est un signe plein de leur humanité.

12:45 Écrit par Phil dans Auto/Moto | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |