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vendredi, 20 juillet 2007

Les gens de dos

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Il y a en ces temps de vacances plus de trafic sur nos routes ensoleillées que sur nos blogs assoupis.
Je vais à mon tour mettre deux parenthèses à mes occupations cybernétiques pour rejoindre la horde des oisifs de la fameuse charnière « juillet-août ».
Les quelques images que je mets en ligne avant mon escapade illustrent de près ou de loin une réflexion en cours sur les traces visuelles que les photographes − français notamment − vont finir par ne plus laisser de leurs propres congénères. Le syndrome du droit à l’image a pour conséquence un certain appauvrissement culturel que l’on mesure déjà lorsque l’on constate la floutomanie ou de dos-manie généralisée (les néologismes sont de moi…) dans l’univers des médias. Les meilleurs clichés montrant des gens, tout simplement des gens, viennent désormais de l’étranger.
Deux fois récemment j’ai été empêché de prendre des photos dans l’enceinte de la Coupole des Halles, à Nîmes. Même chose dans la gare de cette même ville. L’expression qui revient le plus souvent est « droit à l’image », « propriété privée », « atteinte à la dignité de la personne », etc.
J’ai assisté récemment au vernissage d’une exposition d’Andres Serrano à la Collection Lambert d’Avignon. Cet artiste américain de renommé internationale a portraituré tous les sociétaires de la Comédie Française dans son style bien à lui, montrant au-delà de l’image que chacun veut donner de lui-même toute l’humanité dont il est malgré lui dépositaire. J’ai parcouru les cinquante expositions que proposent les Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. C’est magnifique. Des images de l’Inde, de la Chine notamment. Des images qui sont des gestes artistiques en même temps que des miroirs humains, terriblement humains. J’ai revu à travers l’exposition sur les soixante ans de l’agence Magnum l’œuvre inestimable des Henri Cartier-Bresson, Robert Capa, Lise Sarfati, Stuart Franklin, Martin Parr, Abbas, Depardon, Le Querrec, Barbey, Burri, Smith, Riboud, Erwitt, etc., etc., pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit.
Que montrent tous ces artistes ? L’humain, toujours l’humain, dans son cadre de vie, de souffrance, de lutte, de bonheur…
Martin Parr, mentionné plus haut, célèbre photographe anglais de l’agence Magnum a laissé tomber son projet de réaliser Think of France à la manière de ses précédents Think of England et Think of Germany. Il déclare à un journaliste de Réflexe Numérique de mars 2007 : « Photographier en France, c’est devenu une activité illégale et je préfère ne pas être poursuivi. La France est extraordinaire car on sait combien ce pays adore et soutient la photographie. Pourtant, c’est le seul pays au monde où il est illégal de photographier des inconnus sans avoir d’autorisation signée. Cette contradiction est incroyable. » Le journaliste commente à son tour : « Il a raison de taper sur nos inconséquences. Photographier dans l’espace public en France est devenu mission impossible. Dans la moindre campagne, dès qu’on sort un appareil un peu pro, on entend violemment ‘‘Et, mon droit à l’image ! ’’En attendant que ce droit soit clairement restauré, il ne nous reste plus que l’autocensure. »
Voilà, en guise de contribution à ce débat un petit album d’une quarantaine d’images de « gensdedos », piochés dans mes dossiers… Tiens, dos, dossiers… dos…sieste… allez, à bientôt, c’est les vacances !

16:15 Écrit par Phil dans Photos/Dessins | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |  Imprimer | | |

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